avr242012

Après le premier tour de l’élection présidentielle

Le premier tour de l’élection présidentielle a connu un taux important de participation de 82%. Le résultat fait par la gauche, dans toute sa diversité, exprime une volonté profonde de changement.

Si Marine Le Pen, contrairement à ce qu’elle annonçait, n’arrive qu’en troisième place et est donc éliminée pour le second  tour,  son  score  de  18  %  est  le  plus  haut  de  l’histoire  de  l’extrême-droite  et  il  est,  à  ce  titre,  extrêmement inquiétant.  Depuis  cinq  ans,  la  politique  de  Nicolas  Sarkozy,  faite  de  casse  sociale  et  de  politique  xénophobe  et sécuritaire, a servi de marche pied au Front national et a légitimé son discours auprès des électeurs et électrices. Le score du Front national confirme l’adage selon lequel « l’original est préféré à la copie » ! Les choix retenus par le gouvernement de faire payer la crise par la majorité de la population en en exonérant les principaux responsables et bénéficiaires sont porteurs de souffrances sociales fortes et d’angoisse pour l’avenir. Dans ce contexte, une partie des électeurs, notamment dans les couches populaires, est tentée par des réponses autoritaires et xénophobes.  

Il est de la responsabilité du mouvement syndical et du mouvement social dans son ensemble de répondre aux besoins de résistances sociales, de solidarité et de lien social pour offrir d’autres alternatives que celles portées par le Front national !

La  politique  antisociale  menée  par  Nicolas  Sarkozy  depuis  cinq  ans,  au  service  du  patronat  et  d’une  minorité  de privilégiés, a été sanctionnée dans les résultats de ce premier tour.

La  campagne  du  second  tour  est  maintenant  lancée.  Comme  avant  le  premier  tour,  l’Union  syndicale  Solidaires réaffirme ses exigences en matière d’emploi, de salaires, de fiscalité, de services publics, de protection sociale, de luttes contre les discriminations ou de refondation de l’Union européenne… Il s’agit bien de réorienter l’économie et les politiques publiques vers une autre répartition des richesses permettant la satisfaction des besoins fondamentaux de  la  population,  tout  en  étant  soucieuse  des  impératifs  écologiques.  Il  est  temps  de  changer  radicalement d’orientations et de mettre en œuvre une politique  qui  rompe  avec  la  logique  du  profit  et  des  marchés  financiers.
L’Union syndicale Solidaires constate qu’il est temps de tourner la page de Nicolas Sarkozy au vu de son bilan et de ce qu’il propose dans cette campagne électorale. L’Union syndicale Solidaires exigera du nouveau gouvernement des mesures ambitieuses pour contrer le poids de la finance répondre aux urgences sociales.

Dans les semaines et les mois à venir, nous devrons construire des mobilisations fortes et faire converger les luttes pour imposer nos revendications face au patronat et à la dictature de la finance, et refuser de continuer à payer cette crise dont nous ne sommes pas responsables.   

Le 1 er  mai 2012 revêt une importance particulière puisque cette journée se situe entre les deux tours de l’élection. Le Front national veut en faire une démonstration de force. Nicolas Sarkozy, de façon très provocatrice annonce, lui, un rassemblement ce jour là pour la « fête du vrai travail » : ne laissons pas dénaturer par ces gens là cette journée de mobilisation et de solidarité internationale des travailleuses et travailleurs !

Dans  ces  conditions,  l’Union  syndicale  Solidaires  appelle  les  salarié-es,  chômeuses,  chômeurs  et retraité-es  à  être  présents  très  massivement  dans  la  rue  le  1 er   mai  2012  pour  exprimer  les revendications,  dire  le  rejet  du  racisme  et  de  toutes  les  exclusions,  et  manifester  la  solidarité
internationale avec les peuples du monde entier.

avr032012

Augmentation des pensions ? Oui, mais baisse du pouvoir d’achat !

Communiqué de l’UNIRS:

Les retraité-es vivent dans des conditions de plus en plus difficiles depuis que leur pension n’augmentent, comme cette année, qu’au rythme de l’inflation depuis les contre-réformes contre les retraité-es du privé (1994), des fonctionnaires (2003) et des régimes spéciaux (2008). Avant, la pension évoluait comme le salaire moyen, qui augmente plus que l’inflation, qui permet de profiter un peu du partage des nouvelles richesses crées pour se payer de nouveaux biens que nos anciens ne pouvaient pas acquérir (réfrigérateur, lave-linge, télévision, téléphone, voiture…). En 15 ans, les salarié-es du privé ont vu leur pension, indexée sur l’inflation, baisser de 17% par rapport au salaire moyen.

Les retraité-es à faible revenu s’avèrent plus pénalisés par l’indexation sur l’inflation, car ils sont obligés de tout dépenser dans le mois, de prendre en charge prioritairement des dépenses augmentant bien plus que l’inflation : l’énergie (électricité, gaz et fioul), l’eau, le logement, les assurances, la santé et ses déremboursements de médicaments et autres dépassements d’honoraires… dont les retraités, plus fragiles que la moyenne de la population, subissent ces hausses de façon plus forte, d’autant plus que les cotisations des complémentaires sont fixées en proportion de l’âge.

De ce fait, de nombreux retraité-es doivent se contenter des minima :

-   Le « minimum contributif » de 665€ (85% du SMIC depuis la loi de 2003) est versé à 5,4 millions (42%) des retraité-es (25% des hommes et 56% des femmes ce qui montre bien les inégalités).

-   Le « minimum vieillesse », remplacé depuis 2007 par l’ASPA, Allocation de Solidarité aux Personnes Agées, versé à partir de 65 ans, est augmenté plus fortement, pour atteindre 777 €… mais comment vivre avec une telle somme toujours bien inférieure au seuil de pauvreté, d’autant plus qu’il ne permet plus d’obtenir la complémentaire santé de la CMU (couverture maladie universelle) ? Ce sont 600 000 personnes (4,5% des retraité-es – dont 60% de femmes) qui doivent survivre avec si peu.

Solidaires revendique une pension au niveau du SMIC, seuil correspondant au minimum pour vivre. Si les 13,5 millions de retraité-es touchent en moyenne 1 512€ (1 636 pour les hommes et 1 020 pour les femmes ce qui montre les disparités qui s’accroissent avec l’allongement de la durée de la cotisation depuis 2003), 2,3 millions (17%) ont moins de 600€, c’est intolérable dans un pays qui crée de plus en plus de richesses

 

mar062012

Les retraités et les retraitées à la manifestation pour l’emploi du 24 mars

Communiqué UNIRS – Union Nationale Interprofessionnelle des Retraités Solidaires

L’Union Nationale Interprofessionnelle des Retraités Solidaires (UNIRS) appelle ses adhérents et adhérentes et toutes les personnes retraitées membres des fédérations et des syndicats membres de Solidaires à participer à la manifestation nationale initiée par l’Union syndicale Solidaires le samedi 24 mars 2012 à Paris (rassemblement à 13 heures, Place de la Bourse, M° Bourse).

L’UNIRS partage totalement la revendication première mise en avant pour cette manifestation : l’emploi.

Depuis trop d’années, les gouvernements organisent, de fait, le maintien d’un chômage de masse, en refusant de réduire le temps de travail alors que les gains de productivité ne cessent de s’améliorer, en faisant pression sur les conditions de travail de celles et ceux qui ont encore un emploi pour limiter les embauches, voire pour supprimer des emplois. Quand les gouvernements retardent l’âge de départ en retraite alors qu’il y a 5 millions de chômeurs et de chômeuses, ils usent jusqu’à la corde des hommes et des femmes dont les enfants ou les petits-enfants seront, dans le même temps, sans emploi. Quand des gouvernements se vantent de supprimer systématiquement des emplois dans les administrations et les services publics, dans les écoles, les hôpitaux, les tribunaux, l’inspection du travail, les impôts, etc, ils créent du chômage en plus, ils rendent la vie au quotidien plus difficile pour de nombreuses personnes et ils détériorent le fonctionnement du pays et de la République.

Quand les salaires de la majorité de la population stagnent, voire régressent, quand le pouvoir d’achat de la plupart des retraités recule d’année en année, et quand, pendant le même temps, une minorité affiche des gains, des profits, des revenus outrageusement énormes, sur lesquels, le plus souvent, ils payeront, d’ailleurs, peu ou pas d’impôts, quand cette répartition des richesses de plus en plus inégalitaire est accompagnée d’une politique fiscale de cadeaux aux plus riches, ce sont autant de masses financières qui sont soustraites de l’activité économique, et donc de l’emploi, et qui vont nourrir en grande partie la spéculation financière. Une répartition des richesses moins inégalitaire est aussi une exigence pour une politique de l’emploi efficace.

Quand des hommes politiques osent encore promettre aux fonctionnaires en place qu’ils soient moins nombreux pour qu’ils soient plus payés, quand des employeurs osent encore imposer à leurs salariés de travailler plus, tout en gagnant moins, pour « sauver l’entreprise », alors qu’ils ne font que sauver une partie de leur capital, il est temps que tous ces imposteurs soient reconnus comme tels.

Les membres de l’UNIRS, tous et toutes retraités et retraitées, ont déjà traversé de nombreuses campagnes électorales et ont bien conscience que la meilleure garantie de voir satisfaites les revendications de justice et de solidarité réside dans l’unité active la plus large de celles et ceux qui ont un intérêt à un changement profond de la société. C’est dans cet esprit que l’UNIRS sera présente à cette manifestation nationale, voulant ainsi participer à la renaissance des valeurs de liberté, d’égalité, de fraternité et de laïcité, contre les égoïsmes et les racismes.

6 mars 2012
jan132012

Le gouvernement organise un « sommet social » de pacotille

Communiqué de l’Union Syndicale Solidaires

Organisons la réponse de la base sociale !

Le Président  Sarkozy et le gouvernement organisent un « sommet » qu’ils prétendent « social »  le 18 janvier parce qu’ils invitent,  à l’Elysée, les  « partenaires sociaux » :  le  patronat  et  cinq syndicats  (CGT,  CFDT,  FO, CGC, CFTC). En réalité, les décisions antisociales sont déjà prises, annoncées, connues : ce sommet n’est qu’une grande mise en scène  pour imposer de  nouvelles mesures contre  les salarié-es,  contre  celles et  ceux qui produisent la
richesse mais en profitent de moins en moins car elle est récupérée par une petite minorité depuis des années.

Ce  qui  nous  importe  plus  que  le  « sommet »,  c’est  la  base  sociale :  les  millions  de  travailleurs/ses,  de chômeurs/ses,  de retraité-es,  de  jeunes  en  formation,  qui  souffrent  de  la  crise  organisée  par  le  patronat,  les banquiers, les institutions internationales et les gouvernements à leur service.

Comment  oser  accoler  le  mot  « social »  à  la TVA,  qui  est  l’impôt  le  plus  injuste :  Mme Bettencourt  paie  le même  taux  de  TVA  qu’un RMIste ! Pourtant, voilà ce que le gouvernement présente comme une mesure-phare :
- créer  un  impôt  qui  pèsera  bien  lourdement sur  les  pauvres  et  sera  insensible  sur   les riches,
- remplacer,  tout  ou  partie,  des  cotisations patronales    sur    les    salaires    par    une augmentation de la TVA, ce qui va renforcer les  injustices  et  faire  payer  davantage  les ménages et moins les entreprises !

L’emploi, un souci  du  gouvernement ? Le bilan est   éloquent :   4 510 000   chômeurs/ses   en décembre 2011, soit  une augmentation  de 5,2% par rapport à l’an dernier. Il faut ajouter environ 500 000  personnes  non-inscrites,  radiées,  en RSA  forcé.  Et   ne  pas  oublier  plus  de  3,5 millions  de  précaires,  3  millions  de  temps partiels.
Le  chômage  partiel  serait  la  solution  magique ?  Il  y  a seulement  deux  ans,  le  gouvernement  avait  déjà mis  au chômage partiel  plus de 600 000  salarié-e-s,  en dépensant ainsi  300  millions  d’€  d’argent public, … 300  millions d’€  économisés par le  patronat !  Opération  répétée  avec l’exonération   de   cotisations   sociales  pour  les   heures supplémentaires.   Si  chômage  partiel   il   y   a,   c’est   au patronat  de le payer à  travers  un fonds commun  qui peut être  alimenté  sans  problème  avec  seulement  une  petite partie de leurs bénéfices !

Il est  paradoxal  que  gouvernement et patronat vantent  les heures supplémentaires tout en prônant le chômage partiel.
A  moins  que  leur  intention  soit  surtout  de  renforcer  la flexibilité des salarié-es ?  Tout  aussi  contradictoire  est le fait de mener  bataille  contre  la  réduction  du  temps  de  travail  (« les  35  heures »),  en  l’organisant  à travers  le chômage partiel ! Il  est vrai qu’il  y a quelques différences de  taille  (même  si  nos critiques de  la  mise en  œuvre  des « 35 heures » furent nombreuses et justifiées) : les pertes de salaire  pour  les travailleurs/ses et  les  économies pour le patronat, avec le chômage partiel.

A travers les  licenciements,  le  chômage complet ou partiel, les « plans sociaux »,  le  temps  partiel  imposé,  …  les patrons imposent une  réduction  du  temps  de travail  à  des millions de  salarié-es,  mais  en leur faisant payer ! La  solution est la réduction du temps de travail à 32 heures hebdomadaire, sans perte de salaire. De l’argent, il y en a !  Faisons en sorte qu’il serve à celles et ceux qui produisent, et non aux patrons, banquiers et actionnaires !

L’Union  syndicale Solidaires avait proposé à  l’intersyndicale d’appeler à une  journée nationale  de grève et manifestations le 18 janvier. Nous n’avons pas été suivis. Solidaires participera aux initiatives unitaires décidées ce jour-là dans de nombreux départements, mais il est nécessaire d’aller plus loin, l’Union syndicale Solidaires :

  • soutient les mouvements de grève décidés dans certains secteurs professionnels, les nombreuses luttes de résistance menées dans les entreprises qui licencient.
  • appelle à coordonner les actions au plan interprofessionnel et national.
  • considère qu’une réponse syndicale européenne est nécessaire, face aux plans de rigueur qui s’attaquent aux droits des populations de tous les pays.
  • propose d’organiser dans les semaines qui viennent une manifestation nationale pour le droit à un emploi stable pour tous et toutes.
jan102012

Les gros actionnaires du CAC 40 sont les Rois de l’arène.

Communiqué de l’UNIRS

Les journaux du 5 janvier 2012 ont difficilement pu cacher que les entreprises du CAC 40 en France résistent bien à la crise : « Les ténors du CAC 40 devraient verser quelque 37 milliards d’euros de dividendes en 2012 – au titre de l’exercice 2011 -, selon les analystes. Une majorité d’entreprises devraient augmenter ou maintenir leurs dividendes, afin d’éviter de donner un signal négatif au marché » (sic). Pour ne pas donner de signal négatif au marché, les gouvernements reculent l’âge du départ en retraite, suppriment des emplois publics, cassent les derniers services publics et les concèdent aux amis, baissent les impôts sur les sociétés, augmentent la TVA, etc. Et pour ne pas donner de signal négatif au marché, les entreprises du CAC 40 versent de très gros dividendes à leurs actionnaires.

Quelques exemples « français » permettent d’éclairer tout ce que ceci veut dire :
- Total va verser 5,38 milliards d’euros. Derrière ces très gros bénéfices, il y a le prix de vente de l’essence à la pompe qui est supporté par chacun, il y a l’exploitation des salariés des raffineries et des camionneurs, il y a les délocalisations, il y a les pétroliers qui traversent les océans en battant le pavillon d’un paradis fiscal, il y a des navires poubelles qui exploitent leurs salariés et déversent parfois leur contenu sur les cotes, il y a les corruptions avec les dirigeants des territoires d’où est extrait le brut, il y a les impôts que ne paye pas Total.
- France Télécom va verser 3,71 milliards d’euros. Derrière ces très gros bénéfices, il y a l’escroquerie du prix des télécommunications, l’illisibilité des tarifs et des abonnements, il y a les conditions de travail des personnels, les suicides de salariés dans les entreprises, il y a la précarité grandissante, il y a les rachats d’entreprises à l’étranger et l’exploitation de leurs salariés, il y a l’usage qui est fait de l’optimisation fiscale pour réduire l’impôt payé.  
- Sanofi va verser 3,48 milliards d’euros. Derrière ces très gros bénéfices, il y a le prix de vente des médicaments, il y a la collusion entre les laboratoires et ceux qui décident de la  mise sur le marché des médicaments et de leur prix de vente, il y a les cadeaux offerts aux congressistes du secteur de la santé, il y a le coût des visiteurs médicaux et de la publicité versée aux professionnels, il y a le déficit de la Sécurité sociale, il y a les augmentations des cotisations sociales et de la CSG des salariés, il y a l’augmentation du coût des mutuelles, il y a les personnes qui ne peuvent plus accéder à certains soins, il y a les impôts que le secteur évite, grâce notamment aux délocalisations fiscales et au crédit-recherche.
- Gdf-Suez va verser 3,38 milliards d’euros. Derrière ces très gros bénéfices, il y a le prix de vente élevé de  l’énergie qui interdit maintenant à des familles pauvres de pouvoir y accéder, il y a les conditions de travail des salariés, il y a la précarité, il y a l’exploitation de milliers de travailleurs dans d’autres pays, en Europe, en Afrique, en Amérique latine, en Asie, il y a les le recours aux « prix de transferts » pour réduire l’impôt payé en France.  

Nous pourrions continuer avec Edf, BNP Paribas, Vivendi, Axa, LVMH, L’Oréal, et d’autres, en France, en Allemagne, en Italie où ça va mal pour d’autres italiens, en Espagne où ça va mal pour d’autres espagnols, au Portugal, et en Grèce (où ça va toujours très bien pour les armateurs), et en Afrique, et en Asie, et dans les Amériques, etc.  

Pour l’Union Nationale Interprofessionnelle des Retraités Solidaires (UNIRS) ceci confirme bien que « de l’argent, il y en a », et qu’il faut le répartir autrement. Il faut faire cesser l’accaparement des richesses produites par une très grande majorité de la population de la planète par une extrême minorité qui, progressivement, va posséder directement ou indirectement l’essentiel de celle aura pu « financiariser ».         

jan062012

La TVA « sociale », aujourd’hui, ce serait aussi un plan de rigueur supplémentaire

Communiqué de l’Union Nationale Interprofessionnelle des Retraités Solidaires 

Le 05/01/2012

Nicolas Sarkozy vient de relancer l’idée d’une TVA « sociale », en habillant cette fois sa proposition d’un souci de sauvegarde de l’emploi en France. La démonstration est maintenant présentée par quelques ministres : les cotisations sociales patronales seraient supprimées (en totalité ou en partie), ce qui réduirait le « coût du travail », les entreprises qui produisent en France répercuteraient cette baisse de leurs cotisations sociales par une baisse de leurs prix de vente hors taxes, la TVA augmentée s’appliquerait sur un prix abaissé pour les biens et services produits en France, et sur le prix d’importation pour ce qui viendrait de l’étranger (y compris les pays du reste de l’Union européenne, qui sont considérés comme territoires d’importation / exportation au plan de la TVA). Et le surplus de TVA qui rentrerait dans les caisses du Trésor public serait affecté, en compensation des cotisations patronales supprimées, à financer la Sécurité sociale.
      Ca paraît limpide, mais c’est une somme de mensonges : dès lors qu’il n’y a plus de contrôle des prix en France, rien n’oblige les entreprises à baisser leurs prix quand leurs cotisations ou leurs taxes baissent (en 2009, les restaurateurs ont très peu répercuté sur leurs prix de vente la baisse de la TVA de 19,6% à 5,5%, malgré l’ampleur de la réduction). Ce qui est plus certain, c’est que la baisse des cotisations patronales fera donc un surplus de bénéfices pour les entreprises (dont elles décideront librement de l’usage, investir, distribuer des dividendes, spéculer, etc). Et ce qui est certain aussi, c’est que la hausse de la TVA, qui s’appliquera cette fois sur tous les biens et services, produits en France ou venant de l’étranger, conduira à une augmentation générale des prix. Et cette hausse générale des prix sera subie par tous les consommateurs en France. Et les personnes qui disposent de faibles revenus, et qui déjà dépensent chaque mois la totalité de ces faibles revenus, supporteront donc une ponction de pouvoir d’achat sur la totalité de leurs revenus. Les pauvres seront encore plus pauvres.    
      Les économistes et les « experts » qui officient le plus souvent dans les médias, savent tout ceci. Et ils savent que, même si les entreprises répercutaient la baisse des cotisations patronales sur leurs prix, ce serait bien insuffisant pour que le « coût du travail » en France soit plus bas que celui en vigueur actuellement en Chine. Ils savent aussi que le « coût du capital » (ce qui est versé aux actionnaires) ponctionne beaucoup trop de richesses qui vont ensuite vers la spéculation financière plutôt que d’aller vers la consommation de biens et de services, et vers l’activité économique.
      La mise en place aujourd’hui en France, d’une TVA dite « sociale » conduisant à augmenter très sensiblement les taux de TVA, ce serait surtout l’application d’un nouveau plan de rigueur pour rassurer encore les marchés financiers. Le FMI, la BCE, les agences de notation, ont lancé des injonctions aux gouvernements grec, italien, espagnol, portugais, etc, de baisser les salaires et les retraites, de privatiser encore, et d’augmenter la TVA. C’est toujours une mesure qui figure dans le panel des orientations des idéologues libéraux. Et ces gouvernements s’exécutent.  
      L’Union Nationale Interprofessionnelle des Retraités Solidaires (UNIRS) a pu constater que depuis des décennies les gouvernements, de fait, ont maintenu un taux de chômage important, en se refusant toujours à un partage réel du temps de travail. Ce taux de chômage élevé sert ensuite à affaiblir les salariés sur le marché du travail, et est donc un élément essentiel pour perpétuer le partage inégalitaire des richesses produites. Et l’existence d’un chômage de masse est ensuite une aubaine dans les promesses électorales. C’est aujourd’hui ce qui nous est donné à voir, une nouvelle fois.   

déc212011

Grève des aéroports : les Français pris en otage. Mais… quels Français ?

Daniel Schneidermann
Fondateur d’@rrêt sur images

Cette fois, ça suffit. On va sévir ! Pour mater la grève des employés de sécurité dans les aéroports, une réunion de crise s’est tenue lundi à l’Elysée, annonce France Inter. Avec le président, le Premier ministre, et les ministres concernés (à l’exception du ministre des Transports, rappelé en urgence de Londres, mais malencontreusement retenu par un retard de train). Oui, une réunion de crise, comme pour la Libye (mais où est donc BHL ? )

Les Français ont assez souffert. Mais quels Français ?

Pour suppléer les grévistes, 500 CRS et gendarmes seront mobilisés dès mercredi. « Ce sont des personnels de sécurité, ils seront donc parfaitement aptes à effectuer des tâches de sécurité », explique l’ineffable Frédéric Lefebvre, sur France Inter.

Nicolas Sarkozy veut qu’on arrête d’embêter les Français, relate avec conviction Jean-François Achilli, journaliste politique de France Inter. C’est vrai, enfin. « Les Français », qui ont trimé toute l’année dans des conditions difficiles, ont bien le droit de « souffler un peu » (Sarkozy encore, cité par Achilli).

Le journaliste de la radio publique ne fait là que relayer la parole présidentielle. Mais sans aucune distance, aucun recul. Il y adhère parfaitement. Sans par exemple jamais se demander si l’expression « les Français » est la mieux adaptée pour désigner les passagers des aéroports lors des départs de Noël. Sans jamais se poser cette question : quelle est la proportion exacte de Français qui prennent l’avion pour aller « souffler quelques jours » pour les congés de fin d’année ? En d’autres termes, quelle fraction de la population exactement est affectée par cette grève ?

Des grèves surmédiatisées

Poser la question, c’est y répondre. A leur décharge, Sarkozy et Achilli sont victimes d’un effet d’évidence : les JT ouvrent sur les grèves des aéroports. Si l’impression de pagaille est si forte à chaque grève du transport aérien, c’est parce que ces grèves sont surmédiatisées par la télé.

Ce qui déplace la question : pourquoi cette surmédiatisation ? Evidemment, parce que ce sujet est un marronnier. Mais aussi, disons-le, parce que les journalistes sont au cœur de cette fraction de la population, qui a les moyens de s’envoler pour les fêtes de fin d’année vers des cieux plus cléments.

Imagine-t-on, par exemple, le même dispositif de crise quand une CAF ferme pendant deux semaines, pour résorber les retards de dossiers (ce fut récemment le cas dans le Val-de-Marne, à quelques kilomètres d’Orly) ? Imagine-t-on les envoyés spéciaux de Pujadas, en direct pendant quinze jours devant les grilles fermées ? Imagine-t-on des « rmistes pris en otage », pestant au micro contre la RGPP ?

Jamais l’alliance, inconsciente mais objective, d’un système médiatique aux mains des dominants, et d’un pouvoir de droite, n’a été si évidente.

nov292011

Pensions: ATTENTION DANGER

Alors qu’il ne s’agissait que de rumeurs, nous vous avons informé avant tout le monde dans le tract d’appel au 15 novembre que, sous pressions des banques, le gouvernement et la CPRP envisageait de verser la pension en plusieurs fois.
Nous avons malheureusement eu raison d’informer à l’avance, la rumeur devient réalité et est précisée, voici ci-dessous ce que vous lirez dans le prochain journal en cours de tirage.

Pen­sions versées plus tard

Les ban­ques ne veu­lent plus ver­ser l’ar­gent de nos pen­sions le 31 dé­cem­bre, afin de pré­sen­ter un bi­lan de fin d’an­née avec des fonds plus importants. Avec l’aide du gouvernement, elles ont obtenu satisfaction. La direction de la CPRP ont annoncé :

- paiement de seulement 1 mois (au lieu de 3) de pension au 30 décembre et les 2 autres vers le 10 janvier, dès que la SNCF aura versé les cotisations sociales et l’Etat la part de la contribution d’équilibre. Le ministère envisage de faire appliquer ce principe de 2 versements pour les 3 autres de l’année.

- elle envisage un paiement mensuel de la pension, mais en précisant, pour éviter un tollé, qu’il ne s’agit pas d’une mensualisation. Par exemple dit-elle, si le pensionné décède le 3 janvier, la pension de février et mars sera quand même versée au conjoint. Il est probable que la mensualisation viendra dans quelques temps…

Le gouvernement attaque notre régime de prévoyance

Le gouvernement profite de la LFSS (loi de Finances de la Sécurité Sociale) pour revoir le calcul de la compensation (672,5 millions d’euros (M€) en 2010), par le régime général de sécurité sociale, du déséquilibre démographique du régime spécial des cheminots à statut. Jusqu’à maintenant, les dépenses maladies des cheminots, inférieures à celles du régime général, créait un excédent annuel de 100 M€ de la CP qui permettait de financer des prestations complémentaires : forfait optique, prothèses auditives, forfait laser, aide à l’acquisition d’une complémentaire santé… Le gouvernement diminue cette compensation du régime général de façon à confisquer ces 100 M€ et à remettre donc en cause les quelques prestations spécifiques du régime… A l’heure de la libéralisation du trafic ferroviaire, cette mauvaise manipulation servira aussi à présenter les cheminots comme des salariés « coûtant » trop chers et devant abandonner ce qui serait propre à leur statut spécifique… La ficelle est un peu grosse !

La direction de la CPRP se veut rassurante et affirme qu’elle peut maintenir les prestations annexes pendant 8/9 ans…

nov282011

Allemangne: l’exemple à ne pas suivre

http://www.despasperdus.com/index.php?post/2011/11/28/Allemagne

Depuis une vingtaine d’années, les experts télé, les éditocrates, les politiciens déclinologues et autres collabos martèlent que la France DOIT prendre exemple sur tel ou tel pays, soi-disant, plus avancé, plus moderne et plus compétitif !

Depuis 20 ans, nous subissons un défilé de modèles…

L’américain cher aux néo-libéraux Madelin – Carignon, le japonais vanté par Cresson avec son MITI, l’italien de la débrouille et des PME, l’irlandais cher à la chiraquie avec ses charges sociales fabuleusement basses, l’espagnol et ses 80 % de propriétaires qui faisaient fantasmer le sarkozie.


TOUS CES MODÈLES SE SONT EFFONDRÉS !

Dans sa note l’ère autoritaire, le candidat du Front de gauche procède à une étude minutieuse du « modèle allemand » . Il produit des données très intéressantes, dont certaines, reproduites ci-dessous, démontent les idées-reçues de la droite et du PS sur ce « modèle allemand », reprises en boucle par les médias dominants….

1- un endettement bien plus élevé que la France… : allemagne1.jpg


2- une attractivité inférieure à la France :


3- des exportations limitées à l'UE (65%) et aux produits de basse technologie :


4- un chômage équivalent à la France mais assorti d'une précarité sociale plus importante :


5- un travailleur allemand qui travaille beaucoup moins qu'un travailleur français...

En fait, il apparaît que le « modèle allemand » n'est pas si performant...

De plus, autrefois réputé pour ses avancées sociales, ce « modèle allemand » est devenu un modèle de régression sociale, sous l'impulsion du social-démocrate Schröder et de la conservatrice Merkel, où la pauvreté et la précarité sociale ont explosé avec :

  • la baisse de 10 % pensions de l’assurance retraite allemande qui oblige lesretraités à chercher du travail,
  • la baisse globale de 2,5% des revenus nets des travailleurs,
  • la baisse de 20 % pour les plus bas salaires,
  • la baisse record de la part du travail dans le PIB allemand : de 76 % à 67 %,
  • le travail obligatoire pour les chômeurs ou les "ini-Jobs" obligatoires, payés 400 euros par mois sans cotisations et donc sans assurance, ainsi que les "1 euro-jobs", essentiellement des travaux d’intérêt public;
  • l'absence d'un salaire minimum légal.

Résultat, l’Allemagne compte plus plus de 20 % de travailleurs pauvres.

Nous pourrions comparer la productivité, la croissance économique, les prévisions démographiques, particulièrement sombres pour nos amis teutons... ou cette étude anglaise qui classe l'Allemagne au 4ème rang des pays les plus innovants avec seulement 4 entreprises dans le top 100 contre 11 à la France, classée au 3ème rang !

Enfin, il s'avère que le gouvernement allemand a trafiqué sa dette pour en masquer une partie ! Quand on pense à tout ce qui a été dit sur les grecs mauvais gestionnaires, feignants et tricheurs...

Comme quoi, les fausses évidences et les idées stéréotypées - reprises en boucle par des médias dominants shootés à TINA - ne résistent pas à l'analyse des données : le fabuleux « modèle allemand » est une arnaque.

nov252011

Arrêts-maladie: le bal des faux-culs

La pédagogie de la crise: une ardente obligation
24/11/2011   http://resultat-exploitations.blogs.liberation.fr/finances/2011/11/am.html

Un peu d’économies et beaucoup de politique. Prendre le prétexte des efforts nécessaires dus à la crise et de la sauvegarde de notre « modèle social » pour mieux le remettre en cause. Ressusciter la « France qui se lève tôt » en l’opposant à celle qui reste au lit sur prescription médicale. Mettre dans un même sac la fraude criminelle, les fantasmes aux doubles, triples, quadruples Cartes Vitales et les « petits arrangements ». L’histoire des jours de carence montre l’emprise politicienne, à six mois de la présidentielle. La palme revient à Laurent Wauquiez, déjà très remarqué sur le «cancer de l’assistanat» avec cette déclaration: «Si jamais, quand vous tombez malade, cela n’a aucun impact sur votre indemnité et votre salaire, ce n’est pas très responsabilisant». Heureusement qu’il est de la droite sociale! S’il devait y avoir responsabilisation, ce serait plutôt pour ceux qui ne sont pas malades et font « semblant de », me semble-t-il… Mais le bal des faux-culs n’inclut pas que des danseurs de droite. Dans cette affaire, l’opposition, les syndicats, les médecins sont montés au créneau pour dire que les « arrêts de complaisance » ne sont que pure invention. Difficile de penser que certains malades n’exagèrent pas un poil leur symptômes et que certains médecins ne sont pas plus complaisants que d’autres. Et comment explique-t-on le taux d’arrêt deux fois plus fort dans la Fonction Publique Territoriale (ou Hospitalière) que dans le privé ou la Fonction Publique d’Etat? Les vraies questions sont les suivantes: est-ce que ces petits arrangements mettent en péril la Sécu ou pas? Sont-ils une soupape de sécurité ou de vrais abus? Y a-t-il rupture d’équité entre les citoyens? Le reste, c’est-à-dire l’essentiel du débat en cours, n’est que de la politique politicienne.

La carence 

Faisons tout de suite un sort aux jours de carence. Actuellement, dans le public, il n’y en a pas. Le projet du gouvernement est d’en instaurer un. Le premier jour de maladie sera donc noScreenHunter_05 Nov. 23 11.15n payé pour le fonctionnaire. Dans le privé, le délai de carence est de 3 jours. Le gouvernement voulait porter ce délai à 4 jours mais semble y renoncer. En fait, pour 75% environ des salariés, le non-paiement de la carence est compensé par l’employeur, ce qui fait que l’économie que comptait faire le gouvernement avec ce 4ème jour de carence aurait été porté à 3/4 par les entreprises et 1/4 par les salariés.

En effet, de nombreuses conventions collectives prévoient le paiement par l’entreprise lors du délai de carence. Par exemple, pour la convention SYNTEC, c’est le cas quand l’employé a plus d’un an d’ancienneté. On a donc aujourd’hui un système à deux vitesses pour les salariés (je mets le cas des travailleurs non salariés à part): les salariés du privé et les fonctionnaires dont les arrêts maladies courts (le système est différent à partir de 90 jours d’arrêt dans le privé) n’ont aucun impact sur leur paye et les 25% de salariés du privé dont un arrêt d’une semaine pour grippe va entraîner une baisse de salaire. Avec le projet du gouvernement, on instaure un système à trois vitesses: les mieux lotis seront les salariés du privé couverts par une convention collective (aucun impact). Viendront ensuite les fonctionnaires (1 jour d’impact) puis les « mal couverts » du privé (3 voire 4 jours). Bref, pour gratter quelques sous, on fragmente un régime qui l’est déjà trop …

Les petits arrêts ne font pas les grandes rivières de déficit 

Regardons d’abord les ordres de grandeur. Le budget de la sécu, c’est environ 350 Mds€ par an. La branche maladie en représente environ la moitié soit 175 Mds€. Les arrêts-maladie représentent, selon les années, 6 à 9 Mds€ en prenant large. Soit 5% du budget de ScreenHunter_07 Nov. 23 11.20l’assurance-maladie et 2 à 3% du budget total de la Sécu (qui compte quatre branches, maladie, arrêts de travail, famille et vieillesse). Mais enfin ce n’est pas négligeable. Ce qui est également intéressant, c’est l’évolution sur longue période:

On a une stabilité entre 1989 et 1997, puis une hausse assez forte entre 1997 et 2002 et enfin une baisse entre 2002 et 2005. Depuis, les chiffres sont plutôt à la hausse. Evidemment, cela varie en fonction de la population active (en hausse) et en emploi (variable selon le chômage). La théorie consiste à penser que plus le chômage est haut, moins les salariés sont arrêtés pour maladie (pas peur du licenciement). Les chiffres français recoupent en partie cette analyse mais n’expliquent pas tout:
Il faut prendre en compte le volume du coût des indemnités journalières (IJ) en fonction de la durée. Si les arrêts courts (moins de 8 jours) comptent pour 41% des arrêts, ils ne coûtent que… 3% du total des IJ versées. Grâce notamment aux jours de carence. On voit donc que les « petits arrêts de complaisance » n’affectent pas la Sécu mais plus vraisemblablement les entreprises. Mais même hors effet de carence, ce sont les arrêts longs (plus de six mois) qui pèsent près de la moitié du budget des IJ :

 

Si l’on résume, la peur du chômage fait que les salariés s’auto-censurent sur leurs arrêts maladie (certains diront qu’ils abusent moins si le chômage est élevé, d’autres qu’ils vont travailler même en étant malade… question difficile à trancher par les statistiques!). Mais ceci concerne principalement les arrêts de courte durée, qui sont marginaux dans le coût global pour la Sécu. L’influence globale n’est pas donc si énorme.

Cette peur du chômage ScreenHunter_04 Nov. 23 10.55n’est pas présente chez les fonctionnaires. Théoriquement, on devrait donc trouver parmi cette population des arrêts plus fréquents. Le nombre de jours d’arrêts maladie serait d’environ 11 par an dans le privée. Dans les ministères, ce serait 13 jours selon une étude de 2003. Pas vraiment significatif car d’autres critères peuvent jouer (âge des populations notamment). Par contre, dans la fonction publique territoriale (mairies, départements, régions), la chiffre serait de 22 jours en 2009 et 24 en 2010 dans la fonction publique hospitalière. Des chiffres recoupés par une étude de 2006 qui montre que l’absentéisme est de 5,5% dans le privé, 7% dans la Fonction Publique d’Etat, et de 11% dans les collectivités territoriales et dans les hôpitaux. Une variation que l’âge seul ne peut expliquer (un salarié de 45-54 ans est en moyenne deux fois plus arrêté qu’un salarié de moins de 40 ans). S’il y a un problème d’abus de congés maladie, la frontière n’est pas public/privé, le problème est plus spécifique à la fonction publique territoriale et hospitalière. Ce n’est donc pas le statut qui crée l’(éventuel) abus.

 

 

Une spécificité française ?

Il est toujours très délicat de faire des comparatifs entre pays. Déjà, on peut noter que la France se signale par une tolérance plus forte à la « fraude sociale ». Voici le pourcentage des citoyens de pays de l’UE et d’autres pays du monde qui déclarent que percevoir une aide ou allocation de l’État de façon indue n’est jamais justifié selon le World Values Survey:

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Un cabinet privé, AON Consulting, a sorti en 2010 un « indice européen des arrêts de travail ». Il montrait que les arrêts de travail seraient plus long en France qu’en Allemagne notamment :

 

On peut imaginer que les « arrêts de complaisance » soient notamment localisés sur des arrêts de courte durée et pendant les beaux jours. Or, on ne constate pas par exemple de pic très élevé en mai (septembre connaît plus d’arrêts). Ceux-ci sont plutôt hivernaux et largement correlés à la grippe:
En 2008, la CNAM a effectué 285.000 contrôles sur des arrêts de courte durée: 13% ont été considérés trop longs ou injustifiés. Sur les 1,2 millions de contrôles pour les arrêts supérieurs à 45 jours, c’est 11%. Est-ce à dire que c’est le taux de « fraudes »? Pas forcément car l’échantillon contrôlé n’est pas forcément représentatif de la masse globale. On a tout lieu de penser que les contrôles portent sur les arrêts les plus « sensibles » (on cherche là où on pense que l’on va trouver) et que ce chiffScreenHunter_03 Nov. 23 10.50re surestime la réalité. Si l’on retient un chiffre de 10%, cela veut dire que ce type d’abus représente 0,5% du budget de l’Assurance-Maladie et 0,2 à 0,3% du budget de la Sécu. L’enjeu économique n’est pas négligeable, mais pas d’ampleur non plus. On pourrait donc dire que le « bénéfice du doute » va aux assurés sociaux. Le gouvernement rétorque qu’il s’agit d’une question de « morale ».

 

 

 

Ne pas tout mettre dans le même panier

En fait, il faut distinguer les différents types de fraudes ou abus. Il y a les fraudes de type criminel (fausses ordonnances, fausses fiches de paie, …) qu’il faut évidemment combattre mais sont le fait de quelques individus seulement. Il y a ensuite les petits arrangements sur les arrêts courts où l’appréciation des symptômes peut être très difficile, et l’évaluation de l’aptitude au travail très dépendante du médecin. Les statistiques montrent que la probabilité d’être en arrêt-maladie peut varier du simpleScreenHunter_08 Nov. 23 11.48 au double selon le département. Une étude a montré que cela est en partie dû aux caractéristiques de la population du département: âge moyen, taux de chômage, … Mais que cela n’expliquait pas tout. La densité de médecins est aussi une composante importante: plus il y a de médecins, plus le nombre d’arrêts maladie augmente (avec des effets de seuil). Il est en effet plus tentant d’aller chez le médecin si celui-ci est à proximité. Mais, surtout, la concurrence entre médecins les rend plus prompts à délivrer des arrêts maladie. On touche là à un travers beaucoup plus profond: le mode de rémunération actuel des médecins les amène à considérer les patients comme une clientèle dont il faut, dans une certaine mesure, satisfaire les besoins: prescrire des médicaments (d’où sur-prescription) et ne pas trop remettre en question les symptômes du malade et donc accorder l’arrêt-maladie s’il le faut.

Enfin, le gros du morceau budgétaire, ce sont les arrêts moyenne/longue durée. Or, ceux-ci sont majoritairement dus à des troubles musculo-squelettiques (TMS) pour 20%, des traumatismes (20% aussi), des problèmes psychologiques/mentaux (15%). Pour les traumas, peu de question, c’est difficile à simuler. Pour les TMS et les troubles psychologiques, c’est avant tout le produit des nouvelles organisations du travail. Celui-ci a été intensifié et « densifié », les 35h n’y ayant pas été pour rien (on reproche tout et n’importe quoi aux 35h mais une incidence réelle est que les entreprises s’y sont adaptées en augmentant les cadences ou encore en rognant sur les temps de pause). Résultat: soit le corps craque suite aux gestes répétitifs: ce sont les TMS. Soit le cerveau lâche et ce sont les troubles psychologiques. En cela, les arrêts de travail sont une soupape de sécurité (parfois certainement activée abusivement, notamment pour les pathologiques psychologiques dont l’appréciation est très subjective) mais aussi un sous-produit de l’organisation des entreprises et collectivités. La France est un des pays les plus productifs au monde (pour ceux qui ont un emploi): les arrêts maladies en sont peut-être une conséquence.

Photo cc BY-SA diekatrin sur flickr