Archives mensuelles : avril 2013

Forum Social Mondial: Tunis 2013

Déclaration de Tunis : assemblée de convergence sur la protection sociale

Les participants réunis dans le cadre de l’assemblée de convergence sur la protection sociale, à Tunis le 30 mars 2013 Après avoir revu les développements sur le plan international à partir de Porto Alegre et les divers forums sur la santé et la protection sociale et sur les impacts des politiques néolibérales pour l’accès à la protection sociale et aux services de santé

Après avoir examiné les initiatives prises par les organisations du système des Nations Unies et par certaines institutions internationales et régionales, politiques et financières en matière de l’accès universel aux services sociaux et en matière du socle de protection sociale, Affirment:

  1. L’attachement au droit humain à la protection sociale et aux soins de santé qui doit être promu par les organisations internationales, protégés dans les institutions nationales et garantis par les États. L’approche par les droits – individuels et collectifs – doit prévaloir dans les débats aux divers niveaux (international, régional, national, local);
  2. Le soutien critique aux organismes des Nations Unies qui défendent l’accès universel mais soulignent que la protection sociale ne doit pas être au service des politiques néolibérales et du marché. La conception de la couverture universelle doit être globale, incluant les diverses dimensions politiques, sociales, économiques et écologiques ainsi que la dimension de genre;
  3. Le soutien aux initiatives visant à impliquer les populations concernées dans le choix visant la protection sociale à travers une éducation et une prise de conscience politique;
  4. Que le problème écologique constitue un déterminant fondamental de la santé et doit être abordé de façon prioritaire
  5. Que la pauvreté, en tant que rapport social, représente un déterminant social de la maladie et de l’exclusion et doit être considérée comme illégal par les diverses juridictions;
  6. Que la marchandisation des services publics, renforcée par les politiques néolibérales représente une menace pour l’accès à la santé, aux divers services sociaux et à la protection sanitaire;
  7. Que la proposition d’un revenu de base inconditionnel, indépendamment de son âge, de ses origines, de son lieu de résidence, de sa profession, etc. doit être examinée de façon urgente;
  8. Qu’un des moyens d’assurer la protection sociale de la population est d’assurer à toutes et à tous l’accès à la syndicalisation, de revendiquer le droit d’association et le pluralisme syndical;
  9. Que l’amélioration des droits des travailleuses et des travailleurs, que ce soit dans le secteur formel ou informel, ainsi que dans le secteur domestique, ont toujours un effet positif sur l’ensemble de la population; Lire la suite »

De nos jours, même les Papes veulent faire la révolution.

Aurélie Vialette – The Ohio State University

Les annonces du Pape François ne cessent de surprendre. Voilà un chef d’Etat qui se fait à manger, refuse d’habiter dans ses appartements et n’utilise pas la papamobile –il roule en jeep décapotable sur la place Saint Pierre… serait-ce pour rester fidèle à son opposition sur le sujet de la capote ? Trèves de plaisanteries, son apparente simplicité n’est pas sans implications pour le politique et le social, tout particulièrement en ce qui concerne la lutte de l’individu pour ses droits sociaux.

Dire que l’on souhaite une église pauvre pour les pauvres n’équivaut pas à la mettre en œuvre. Pour l’instant, les actions de Jorge Mario Bergoglio ne sont qu’un souffle parmi les nombreuses tempêtes internationales dont l’objectif a été de redistribuer l’ordre social tout particulièrement en ce moment, lorsque nous commémorons les printemps arabes, le 15M (les indignés) en Espagne, le mouvement « Occupy » aux Etats-Unis, et voyons les citoyens descendre dans la rue afin d’apporter leur soutien aux droits des familles dont les parents sont homosexuels. Néanmoins, ce souffle papal a des répercussions qui peuvent être de grande ampleur dans l’imaginaire social international.

D’une part, il présente le chef de l’église comme un élément qui s’ajoute aux mouvements de protestations peuplant la planète depuis la crise économique de 2008. Il fait de l’Eglise un groupe social parmi tant d’autres, qui se voit affecté par le capitalisme et les modes de vie outrageux des hommes d’Etat et de leurs représentants.

D’autre part, il établit un chef d’Etat, le Pape, comme étant le premier à montrer, face aux médias tout du moins, l’exemple concret d’une certaine redistribution du fonctionnement des hiérarchies sociales que les indignés, les occupants, les anonymes demandent aux dirigeants politiques.

L’idée de redistribution des actes de la vie quotidienne n’est pas une nouveauté dans le discours d’un homme politique. Le dernier en date est certainement le président français, François Hollande, dont la campagne a reposé sur la construction d’un chef de l’Etat normal, qui se rapprocherait le plus possible de ses concitoyens électeurs par son mode de vie et son usage des transports en commun. Les médias ne cessaient de se demander, après son élection, si le président pourrait tenir ses promesses de normalité, mais Le Parisien a annoncé en janvier que, hélas, le président normal ne voyage plus en train (http://www.leparisien.fr/politique/le-president-normal-ne-voyage-plus-en-train-26-01-2013-2514347.php).

Alors que l’Espagne proteste sans cesse contre les expulsions des propriétaires endettées par la crise, l’Eglise continue à être la propriétaire des plus beaux palais du monde. Alors qu’en France et aux Etats-Unis le débat sur les droits des homosexuels fait fureur, que le Sida se répand à nouveau en Afrique, que les viols font la une des journaux dans le monde entier, les idées du Pape pour la famille traditionnelle, contre l’avortement ou l’usage du préservatif restent dans l’opinion publique comme des ramifications presque anodines face aux grands mouvements que sa Sainteté met en marche afin de réformer le fonctionnement de l’Eglise. Et il est là le problème. Cette réforme de l’Eglise n’a pas pour but d’en faire une institution adaptée à notre époque. Au contraire, elle n’est qu’un subterfuge afin de mieux imposer cette grande machinerie de pouvoir traditionnel qu’elle représente. Le subterfuge est mis en place grâce à l’usage d’un procédé qui, traditionnellement, est réservé aux mouvements de protestations : la rue. Que l’Eglise descende dans la rue, voilà le message que le Pape a transmis en ce jeudi saint. Que l’Eglise occupe la rue elle aussi, afin d’acquérir une nouvelle visibilité.

La révolution du Pape enlève tout crédit aux vrais mouvements de réforme et libération qui, eux, restent actifs mais se retrouvent noyés face à ce subterfuge organisé par le haut. L’action révolutionnaire, dont le principe est de produire des espaces urbains de revendications pour les plus faibles, se voit maintenant ramenée au même niveau que l’une des Institutions les plus puissantes du monde.

La révolution du Pape n’en est pas une. Sa descente dans la rue ne veut pas dire qu’il épouse les coutumes du peuple, qui lui, reste en bas de l’échelle, sans possibilité de gravir les échelons que sa Sainteté peut parcourir avec aise. Que le Pape n’utilise pas la papamobile ou lave les pieds de certains détenus (qui après cela le resteront, avec les pieds propres cependant) ne veut pas dire que le peuple accède à de meilleurs modes de vie. La descente dans la rue n’a d’autre but que de désactiver les processus de solidarité et de manifestations sociales qui apparaissent et se transforme dans la rue, et sont, eux oui, le germe d’une redéfinition des structures sociales construites par le système capitaliste.

Sa révolution n’en est pas une !

 

Aurélie Vialette – The Ohio State University