Archives mensuelles : février 2015

Association adda – Nantes

Un lieu participatif, à la fois épicerie bio et atelier de recyclage, pour « restaurer » le monde de demain

par SideWays

C’est un lieu plein d’utopies concrètes mais difficilement définissable. On y vend très peu cher des produits bio et locaux. On y partage un café ou un repas. On s’active dans des ateliers pour cuisiner d’abondantes quantités de fruits et légumes recyclés, ou réparer un vélo. On y échange des vêtements, on y prête du matériel de bricolage. Autant de services regroupés dans un même lieu, à Nantes, animé par l’association Aujourd’hui, restaurons demain (Adda). Elle fonctionne avec des principes d’autogestion, sans salarié, et en indépendance financière. Un reportage multimédia de Side-Ways.

L’association Aujourd’hui, restaurons demain (Adda), c’est une épicerie où l’on trouve des produits bio et locaux à des tarifs raisonnables, et aussi de la nourriture gratuite récupérée au MIN, le Rungis nantais. C’est un lieu où l’on peut boire un café, donner ou prendre des objets, partager un repas, participer à des ateliers de cuisine ou de réparation de vélo.

L’Adda, c’est un local de quartier où l’on peut emprunter du matériel de bricolage, des machines à coudre, où l’on peut s’échanger, donner et prendre des vêtements, proposer des activités, se renseigner sur des thématiques environnementales. L’Adda, c’est un local de quartier où chacun peut prendre ses marques et, en fonction de ses envies, agencer, changer, adapter, proposer, créer sur tous les sujets.

L’Adda, ce sont des gens qui vous font confiance. Qui ne vérifient pas que vous avez payé exactement ce que vous avez acheté. Qui vous laissent gérer tout ce que vous souhaitez. Qui vous encouragent dans vos projets et vous aident à les réaliser. L’Adda, c’est un lieu créé par les habitants, pour les habitants, qui fonctionne sans salarié et sans participation obligatoire, et qui est indépendant financièrement.

Au début des années 2000, Xavier prend conscience des problèmes de ressources puis se renseigne sur tout ce qui y est lié : pic de pétrole, contrainte carbone, changement climatique, etc. Il en parle autour de lui, à sa famille, ses amis. Avec Claire, sa compagne, ils ressentent le besoin d’agir concrètement pour aider à la prise de conscience environnementale et aux changements de pratiques. Ils réunissent leurs amis et créent l’Adda : Association pour le développement durable par l’alimentation [1]

« Ce n’était pas l’idée de faire du prosélytisme, c’était de mutualiser nos énergies, nos savoir-faire, nos connaissances pour aller dans une autre direction avec ceux qui le souhaitent »

Depuis, l’Adda a beaucoup évolué : elle est devenue une association de quartier bien implantée avec près de 300 membres. De nombreux projets y sont nés, certains ont avorté, d’autres ont grandi, mûri. Aujourd’hui, l’Adda existe, elle a fait ses preuves. Elle a prouvé qu’il était possible d’avoir un lieu qui fait toutes ces choses, si simples quand on y pense, mais si rares dans la réalité. Cela ne s’est pas fait sans heurts, sans conflits, sans doutes, c’est une aventure humaine avec tout l’humain que cela comporte.


 

Finances Publiques

Quand l’argent de vos cotisations retraite accélère le réchauffement climatique

par Ivan du Roy, Olivier Petitjean

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L’argent que gère le Fonds de réserve des retraites est censé garantir aux générations futures le bénéfice d’une protection sociale. Problème : une partie des excédents de cotisations retraites est investi dans des secteurs très polluants et des entreprises controversées. Basta ! et l’Observatoire des multinationales ont étudié la liste de ces placements, qui profitent notamment à Total, Shell, Gazprom, Monsanto, ou même à l’industrie du tabac ! Le Fonds de réserve des retraites sera la cible d’une campagne de mobilisation animée par le mouvement écologiste 350.org. Objectif : que les institutions financières retirent leurs investissements des secteurs qui contribuent fortement au changement climatique.

C’était l’une des idées du gouvernement Jospin : créer un fonds de réserve pour les retraites afin de financer dans la durée les pensions des retraités, en particulier les dépenses supplémentaires générées par les « papy boomers ». Il s’agissait d’assurer la viabilité du régime des retraites pour les générations futures, au-delà de 2020. Le fonds a été mis en place en 2001. Il devait être abondé à hauteur de 130 milliards d’euros à l’horizon 2015. Cet objectif ne sera jamais atteint. Le fonds gère cependant aujourd’hui 34 milliards d’euros d’actifs. L’argent placé provient principalement des excédents de différentes caisses de retraite – donc de nos cotisations – et de prélèvements sociaux sur les revenus du patrimoine. Le fonds est hébergé par la Caisse des dépôts et consignations (CDC), le principal établissement financier public, et est doté d’un conseil de surveillance composé de parlementaires et de représentants syndicaux et patronaux.

Censé garantir aux générations futures de pouvoir bénéficier du système des retraites quand elles vieilliront, ce fonds contribue paradoxalement à ternir leur avenir. Car il participe de manière non négligeable au réchauffement climatique en plaçant des centaines de millions d’euros dans des activités très polluantes. Basta ! et l’Observatoire des multinationales – avec l’appui du mouvement pour la justice climatique 350.org – se sont plongés dans le portefeuille d’actions et d’obligations détenus par le Fonds de réserve pour les retraites (FRR) dans des centaines d’entreprises. Il détient des investissements directs dans 60 des 100 premières entreprises mondiales du secteur pétrolier et gazier, et dans 21 des 100 premières entreprises mondiales de charbon. Soit plus de 920 millions d’euros au service des secteurs les plus émetteurs en CO2, selon notre décompte des actions et obligations d’entreprises détenus par le fonds au 31 décembre 2013. Lire la suite »

Menard et son nouvel ami !

Un pistolet semi-automatique, «nouvel ami» de Robert Ménard

A Béziers, ville passée à l’extrême droite, une campagne tapageuse met en scène l’arme dont sont désormais équipés les policiers municipaux.

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A Béziers, depuis le 1er février, la police municipale est armée. Et le maire, Robert Ménard (extrême droite), tient à ce que cela se sache. Signalée par Midi libre et largement relayée sur les réseaux sociaux, une affiche explicite a fait son apparition dans les rues de la sous-préfecture héraultaise :

Le «nouvel ami» en question est un 7.65 semi-automatique. Son introduction a été rendue possible par la signature d’une convention entre la mairie et l’Etat, par l’accord individuel de chacun des agents concernés, ainsi que par une formation de dix jours pour ces derniers. Un événement jugé assez heureux par la mairie pour que celle-ci décide de mettre la photo de l’arme, en grand format, sous le nez de tous les passants. Depuis l’élection de Robert Ménard, celui-ci a fait du renforcement de la police municipale l’une de ses priorités. Ses effectifs ont ainsi été augmentés, des brigades canines et équestres ont été créées. Outre les pistolets, la mairie a souhaité faire l’acquisition de flash-balls et de tasers.

Aux municipales de mars 2014, onze mairies, dont celle de Béziers, ont été conquises par le FN ou avec son soutien. Soucieux d’offrir une image rassurante de leur parti, les édiles les plus en vue se sont, à quelques exceptions près, abstenus de prendre des mesures trop ouvertement idéologiques. Une idée qui ne semble pas préoccuper Robert Ménard, «réactionnaire» revendiqué.

L’ancien secrétaire général de Reporters sans frontières a ainsi décidé de débaptiser la rue du «19 mars 1962», date marquant le cessez-le-feu en Algérie, pour lui donner le nom de «commandant Hélie Denoix de Saint-Marc», un militaire ayant participé au putsch des généraux en 1961. Une mesure polémique parmi d’autres – interdiction d’étendre son linge et de battre ses tapis par les fenêtres en journée, couvre-feu pour les moins de 13 ans du 15 juin au 15 septembre, durant les week-ends et les périodes de vacances scolaires, ou encore installation d’une crèche dans les locaux de la mairie.

Contacté par Libération Robert Ménard explique que la campagne publicitaire a pour but de prévenir les délinquants que «les règles du jeu ont changé» et d’informer les Biterrois que la campagne d’armer la police municipale et de la faire travailler 24h sur 24, 7 jours sur 7 est tenue.

Nullement question de provocation pour le maire FN «quand on parle d’armer les fonctionnaires l’image d’une arme va de soi. Nous voulions éviter de faire une campagne institutionnelle, il fallait quelque chose de percutant».

Quant à l’emploi du mot «ami», l’élu FN persiste et signe «oui c’est un ami un atout même.» Et de poursuivre, «ce n’est que de la pub, ce n’est pas un article de fond non plus !»

Pour ce qui est de l’avis de l’opposition l’édile va a l’essentiel «ils étaient contre le projet de loi mais n’ont pas osé voter contre au conseil Municipal alors…»

Pour Jean-Michel Du Plaa, responsable PS à Béziers, cette décision appartient au registre de la «provocation» ayant pour but de «faire du maire le centre de l’écho médiatique».

Déjà opposé à l’armement de la police municipale, estimant qu’elle n’a pas vocation à interpeller les criminels ou les délinquants, le conseiller municipal condamne la surenchère du maire : «Il y a un mois, c’était les deux chevaux de la police montée, le mois d’avant, des chiens policiers et maintenant ça. La semaine prochaine qu’est-ce que ce sera ? Des véhicules blindés antiémeutes ? Béziers, ce n’est pas les quartiers Nord de Marseille.»

Mais, ce que l’élu craint avant tout, c’est de voir les policiers municipaux transformés en «cibles», l’affiche laissant croire qu’ils sont tous armés alors que «seulement 4 ou 5 fonctionnaires sur les 40 que compte la ville ont l’autorisation».

Au Syndicat de défense des policiers municipaux (SDPM), bien que la décision d’armer les représentants des forces de l’ordre soit saluée, on juge la campagne «très maladroite», voire «scandaleuse», la police municipale ne cherchant pas «de nouvel ami», mais «seulement à se défendre et à défendre les administrés».

 

 

Charlie Hebdo contre Dieudonné

Charlie Hebdo contre Dieudonné, ou le débat problématique de la liberté d’expression en France.

Aurélie Vialette, docteur ès Lettres, professeure et chercheuse à l’Université de Stony Brook à New York.

Article publié dans le journal « la Jordana »(Mexique).

Alors que la presse à l’étranger a les yeux tournés vers la France depuis le massacre au siège de Charlie Hebdo, je constate sans aucun étonnement la façon dont le débat sur la violence contre une publication satirique se transforme en débat sur les défaillances de la justice française, la laïcité, et les principes de liberté et d’égalité. Nombreux sont les journaux qui ont comparé les dessins satiriques des caricaturistes du Charlie Hebdo avec les déclarations antisémites de Dieudonné M’bala M’bala, voulant démontrer ainsi les contradictions de la société française en ce qui concerne la liberté d’expression.

 

Les dessins satiriques et polémiques du Charlie Hebdo, une publication hebdomadaire de gauche, séculaire, athée, contre le racisme, contre les extrémistes de droite, ont peuplé les kiosques français depuis sa création dans les années 70. Ces dessins, et tout particulièrement ceux qui se moquaient de la religion musulmane, ont servi de justification pour deux attentats terroristes, l’un en 2011 et l’autre, plus sanglant, qui s’est soldé par la mort de 12 personnes le 7 janvier 2015. Dieudonné, en revanche, a été arrêté plusieurs fois pour ses propos antisémites et a vu ses spectacles censurés à plusieurs reprises en France, en Belgique et au Canada. Dieudonné parle de la Shoah comme d’« un acte pornographique de la mémoire », il affirme que le Sionisme est « le sida du Judaïsme » et a dit, avant les élections présidentielles de 2012 que le prochain président serait sans doutes « un ami d’Israël, un pédophile et un violeur d’enfants ».

 

Le débat sur les contradictions de la liberté d’expression en France vit le jour suite aux déclarations de Dieudonné et à son arrestation –vue par certains comme une injustice – et à la soit disant protection du message de Charlie Hebdo –perçue comme une hypocrisie. Mais de là à affirmer que les déboires de Dieudonné M’Bala M’Bala avec la justice française soient le résultat d’une politique de protection de la communauté juive française et d’une persécution de la communauté musulmane comme l’a fait le journaliste du New York Times Kenan Malik le 16 janvier 2014, il y a des limites http://www.nytimes.com/2015/01/17/opinion/dont-limit-speech-in-france.html?ref=opinion&_r=1).

 

La France, oui, est un pays où le racisme est malheureusement chaque jour plus important. Elle n’a pas résolu son conflit colonial, elle n’a pas non plus trouvé de solution satisfaisante à l’immigration, et l’on pourrait élaborer longue liste de sujets problématiques sans réponse de la part du gouvernement. En France, les minorités sont constamment sujettes à la violence policière, physique ou verbale, et aux discriminations dans les banlieues parisiennes. Les jeunes y sont marginalisés, et malgré les soit disant efforts des gouvernements successifs, de gauche comme de droite, pour favoriser l’intégration des plus défavorisés, le paysage national français présente une fracture sociale chaque année plus profonde. Mais là n’est pas vraiment toute la question, n’est-ce-pas ? Comme l’a dit Laurent Joffrin dans Libération le 14 janvier 2014, Dieudonné diffame des personnes, incite à la haine et fait peur, alors que Charlie Hebdo publie des caricatures, critique nos sociétés et nos symboles, et nous fait rire (http://www.liberation.fr/societe/2015/01/14/malefique_1180862).

 

Vu de l’étranger, il semblerait que Charlie Hebdo n’avait d’autre mission que de bafouer la religion musulmane. Les journalistes et opinionistes en tout genre impriment dans l’opinion publique internationale une vision limitée de la réalité journalistique française. Leurs lecteurs, pour la plupart n’ayant jamais entendu parler de Charlie Hebdo avant le massacre, le prennent pour argent comptant. Et internet, de plus, n’y est pas pour rien. La sélection d’images qui circulent dans les médias sociaux est tellement limitée et tronquée que les citoyens d’autres pays sont de fait confortés dans l’idée que Charlie Hebdo est une publication raciste protégée par la justice française qui, en même temps, emprisonne ses artistes comiques comme Dieudonné.

 

L’ignorance n’a plus de place au 21è siècle puisque tout le monde obtient une alphabétisation électronique que personne ne remet en question. « Je suis connecté donc je sais ». Voilà le slogan de la génération Wi-fi, Facebook et Twitter. Mais cette connaissance limitée est trompeuse. Il lui manque, entre autres, la proximité culturelle et politique à l’objet sur lequel on exprime une opinion –ce qu’on appelait la « rigueur contextuelle ». Qui, en quelques semaines à peine, a pris le temps de consulter les centaines de numéros de Charlie Hebdo pour vérifier le type d’idéologie qui s’y trouve ? Qui l’a fait y trouvera, donc, un combat contre l’obscurantisme sous toutes ses formes. Ce combat met bien des personnes mal à l’aise, non pas parce qu’il contiendrait un soit disant blasphème (un délit qui n’a pas lieu d’être en France puisqu’il a été supprimé lors de la Révolution française) mais plutôt parce qu’il dénonce les dictatures des fondamentalistes religieux et que, dans un monde qui préfère croire que penser, ça met mal à l’aise. Qui l’a lu comprendra que la religion n’était pas non plus le seul cheval de bataille de Charlie Hebdo, mais que le gouvernement français et ses politiques envers les immigrés y prenaient aussi pour argent comptant. Il y en allait de même pour le Front National (dont le fondateur, Jean Marie Le Pen est justement le parrain d’un enfant de Dieudonné). Le Front National, première cible de Charlie Hebdo, rappelons-le.

 

Mais le problème est épineux, bien entendu, car sans une minime connaissance de terrain, et en particulier des codes culturels d’un pays, sans une recherche profonde des pratiques sociales, on ne peut comprendre pleinement une publication. Voilà pourquoi les débats sont détournés et amenés vers d’autres terrains qui permettent aux friands des nouvelles rapides sur internet de donner leur avis, de participer à des débats virtuels qui deviennent viraux et transforment, malheureusement, une information qui petit à petit, devient officielle.