Confinement et Solidarité N°14

Jeudi 16 avril 2020, trente-deuxième jour de confinement.

Bonjour à toutes et tous nos retraités !

UN VIRUS PEUT EN CACHER UN AUTRE

En ces temps de pandémie, un virus tout aussi insidieux est en train d‘être distillé subrepticement dans la tête des Français : c’est celui de l’automatisation à outrance de nos vies.
Rappelez-vous, pour celles et ceux qui aviez participé à notre session décentralisée d’Etretat en 2017, l’association « écran total » nous avait alerté sur les dangers de l’information à outrance de nos vies, avec un joli slogan « faut pas pucer Mémé dans les ordis ». Ils dénonçaient l’emprise grandissante des moyens informatiques dans notre vie courante ou professionnelles, dans nos démarches administratives ou culturelles : payer ses impôts, réserver une place de théâtre, de concert, s’inscrire à l’université, recevoir son bulletin de salaire ou de pension, etc. Les exemples ne manquaient déjà pas de l’intrusion excessive de ce que nos anciens appelaient la cybernétique, allant jusqu’à forcer les éleveurs à gérer leur cheptel par code-barres, bref à chercher des puces jusque dans la toison des ovins et des caprins !

Mais aujourd’hui, dans les dramatiques circonstances que nous vivons l’occasion est trop belle, pour nos docteurs Folamour version 2.0 qui s’imaginent nous cornaquer comme un troupeau bêtifiant, d’aller plus loin, beaucoup plus loin, dans l’informatisation XXL des moindres actes de nos vies, en bafouant allégrement les notions de liberté individuelle, de confidentialité des données, de liberté de circuler et d’agir à sa guise (dans le respect des lois bien entendu), bref de tout ce qui fait de nous des citoyens à part entière jaloux à juste titre de préserver notre libre arbitre.
Ça a commencé par la généralisation du télétravail, certes avec des arguments convaincants quant à la protection sanitaire que celui-ci assure (plus de contact physique, de déplacements en transports en commun,…). Mais il y a un risque qu’après le confinement le pli soit pris, et que de plus en plus d’entreprises y aient systématiquement recours, au détriment du contact et de la convivialité entre salariés. Au bénéfice du flicage patronal aussi, avec contrôle strict des heures de travail, de l’assiduité, de la productivité. Vers quelle société allons-nous si la norme devient de communiquer, d’acheter, de voter, d’effectuer des démarches administratives, voire judiciaires uniquement par informatique ? A quand des procès sur WhatsApp (quel nom barbare !). ? Même Mélenchon s’y met, proposant une « manif en ligne !!! » pour s’opposer aux dérives autoritaires bien réelles du gouvernement au prétexte de la prophylaxie. Attention à ne pas tomber dans le panneau de la société virtuelle.
De même, les fameux achats en ligne, certes aujourd’hui bien pratiques pour commander du papier ou des cartouches d’encre quand on est en panne et confinés, ne remplaceront jamais le contact avec un vendeur qui conseille dans un commerce physique. Si nous n’y prenons pas garde, ce genre de mauvaises habitudes va réduire les échanges humains et le tissu social comme peau de chagrin, pour le seul bénéfice de grandes plateformes de livraison en ligne, qui, au demeurant, oublient toujours de payer leurs impôts !

N’oublions pas non plus que bien des citoyens n’ont pas le moyens financiers de posséder chez eux des moyens techniques haut de gamme (ordinateur, tablette, smartphone, imprimante, et quoi d’autre encore) alors que certains y sont rétifs par nature, ce qui reste leur droit, ou éprouvent des difficultés à se servir avec aisance d‘outils complexes et qui évoluent très vite. Pensons à nos anciens qui risquent de se retrouver encore plus coupés (on n’ose pas dire déconnectés !) d’un monde qu’ils ne comprennent plus. Mais peut-être est-ce en filigrane l’objectif de certains transhumanistes qui rêvent d’une société idéale qui ressemblerait fort à celle de 1984 d’Orwell ou du meilleur des mondes d’Huxley, visionnaires en leur temps, et qui seraient effarés de voir à quel point leurs dystopies sont devenues la réalité augmentée d’aujourd’hui.

Passons sur les possibilités offertes aux grandes entreprises de connaître nos goûts, nos idées, nos envies, et d’ainsi, par des offres alléchantes, d’orienter de plus en plus de manière sournoise nos achats, voire nos opinions. Déjà, le prétexte sanitaire, allié à celui d’un risque de rupture d’encre et de papier, permet à nos gouvernants de nous proposer sournoisement la possibilité d’éditer les autorisations dérogatoires de déplacement informatisées sur nos smartphones. Le tout agrémenté d’un « code QR » (oui, ce graphique codé sous forme de carré noir et blanc peut-être imaginé par Soulages un lendemain de cuite) qui permet de tracer, de suivre, en toute innocence bien entendu, vos déplacements. Puisque c’est pour votre bien, on vous dit ! La déclaration, main sur le cœur, du Sinistre de l’Intérieur, jurant que les données ne seront pas conservées, nous fait rire jaune. Gageons que cet outil, transformé et amélioré en véritable « traçage numérique » sera un des instruments privilégiés pour autoriser individuellement le déconfinement. Et tant pis à celui qui refuserait de s‘y soumettre, il pourrait rapidement voir ses voisins faire la fête dans la rue cloîtré depuis chez lui comme un résistant de la dernière heure, rétif au progrès qui libère l’Homme. Et bien sûr, la généralisation de la 5G, avec ses ondes si nocives que même les météorologues s‘inquiètent pour la fiabilité de leurs observations, sera présentée comme la panacée qui permettra au moindre hameau (qui aura perdu depuis longtemps sa gare, sa poste, son marché et son café) d’être béatement connecté à l’univers du bonheur virtuel et des désirs commerciaux assouvis.

Ce côté pervers du flicage informatique, certains en ont bien compris toutes les possibilités. Par exemple, à Nice, le patelin Estrosi, désireux de vérifier que des « Parisiens » n’occupent pas illégalement leurs résidences secondaires que les amis de

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