Confinement et Solidarité N°19

Lundi 27 avril 2020, quarante-troisième jour de confinement.
Bonjour à toutes et tous nos retraités !
Nous avons adopté un rythme de parution de trois par semaine pour cette note. En attendant les mesures prises par le gouvernement concernant le déconfinement qui seront annoncées demain par le Premier Ministre, nous vous proposons aujourd’hui la première partie d’une réflexion sur l’avenir du chemin de fer.

LE CHEMIN DE FER, ELEMENT VITAL DU MONDE D’APRES
Beaucoup s’expriment actuellement sur ce que devra être le monde d’après la crise du coronavirus, et nous avons déjà survolé le sujet dans de précédentes notes, sur l’aspect économique, social, politique de la société nouvelle à laquelle nous aspirons. En un mot comme en cent : stop au libéralisme, à l’hégémonie de la finance, à la mondialisation, aux délocalisations, à la rentabilité à tout prix, à la concurrence effrénée de tout contre tout et de tous contre tous. Nous exigeons tous la fin du vieux monde avec la prise en compte de l’humain d’bord ainsi que la préservation de notre planète.
Et le chemin de fer dans tout ça ? Pour nous anciens cheminots et toujours syndicalistes, le sujet est primordial. Le rôle que devra jouer dans tous les pays du monde le rail de demain est crucial. Ce sera un maillon essentiel de la nouvelle conception des échanges et du transport, car de tous les moyens de transport il est et restera le plus écologique, le plus économique, le plus pertinent, le plus efficace…et le plus sûr.
Encore faut-il le préserver, le conforter dans son rôle, au lieu de le massacrer méthodiquement comme l’ont fait depuis des décennies nos dirigeants et financiers à l’échelle de la planète. Pourquoi tant de haine? Parce qu’il est par essence un moyen de transport collectif, avec des structures calquées sur un modèle étatique, avec des personnels bien formés travaillant avec rigueur mais aussi conscients de leur place dans la société et de leur force sociale, donc peu enclins à accepter le dumping social, et dans tous les pays les luttes des cheminots ont été et sont toujours de grands moments des luttes sociales. Bref, c’est tout ce que détestent les capitalistes, qui ne jurent que par la division du travail, la concurrence systématisée, l’appât du gain immédiat et de la rentabilité maximale, et exhalent à tout propos leur mépris du service public. C’est pour cela que les Etats-Unis ont méthodiquement détruit leurs services ferroviaires de voyageurs. Il n’en reste actuellement qu’une portion congrue nationalisée (Amtrak) sur un réseau squelettique et mal entretenu, sur lequel les énormes trains de marchandises (le trafic se porte bien mieux que chez nous) circulent sous le régime de la concurrence libre. Hormis l’Amtrak, qui ne transporte que les touristes et les nostalgiques, le rail aux USA a toujours fonctionné suivant la règle des réseaux privés, où la rentabilité reste le maître mot. C’est en partie la raison pour laquelle les épigones de la mentalité ultra-capitaliste américaine que sont les pays anglo-saxons (Grande Bretagne, Irlande en premier lieu, mais aussi Canda, Pays-Bas, suède, pour n’en citer que quelques-uns) ont suivi la tendance avec zèle. Le Royaume Uni a d’abord élagué depuis les années soixante son réseau, puis l’a dogmatiquement privatisé et l’a vendu à l’encan, avec comme conséquence première une dégradation très nette du service et des tarifs, et une série de catastrophes meurtrières dans les années 80, tellement scandaleuse que les politiques ont été obligés de renationaliser l’infrastructure. Le réseau irlandais n’est plus que l’ombre de lui-même. Quant à la Suède, elle a été précurseur en Europe de la privatisation à grande échelle de son réseau, à tel point que l’opérateur historique n’est plus qu’une compagnie parmi tant d’autres. C’est ce modèle économique que l’Europe libérale a hélas réussi à imposer à grands pas avec comme credo : l’affaiblissement des réseaux nationaux (et du statut des cheminots) la concurrence libre et non faussée sur des grands axes rentables et la suppression de toutes les petites lignes déficitaires à leur yeux, la séparation des infrastructures et des exploitations, sur le modèle ces autres transports, ainsi que la privatisation et l’usage de la sous-traitance dans tous les services. Bref cela va à l’encontre de ce qui faisait la spécificité et l’efficacité des réseaux ferroviaires intégrés, avec comme conséquence une perte de trafic tant au niveau voyageurs que marchandises. Souvenez-vous, avant l’Europe de Maastricht, tous les réseaux européens nationaux collaboraient entre eux au lieu de se concurrencer, et on pouvait voyager dans de bonnes conditions à travers toute l’Europe. Qui ne se rappelle avec nostalgie la grande époque des Trans-Europ-Express ou des trains ne nuit aux destinations aussi lointaines qu’Istanbul, Syracuse ou Lisbonne ? Tout cela est bien fini et ne laisse aux voyageurs le choix qu’entre des avions polluants ou des cars dangereux.
Certes il y a eu l’essor de la grande vitesse, mais cela constitue aussi une solution de repli sur les grands axes rentables, et donc la désertification ferroviaire de régions entières, ainsi qu’une distorsion de l’aménagement des territoires et des prix pratiqués pour le « client ».
Dans le reste du monde la situation ferroviaire est contrastée. Beaucoup de pays du tiers-monde n’ont pas eu les moyens de bâtir ni de conserver de grands réseaux. L’exemple typique est l’Afrique sahélienne, où n’ont été construites que des lignes joignant les ports et l’hinterland, au seul profit des colons, puis des grands groupes capitalistes, en permettant le pillage des ressources. Bolloré continue un tel schéma dans ces pays, non pas pour le service des populations, mais pour assouvir ses propres intérêts.
L’Amérique du sud, l’Océanie ont devenus des déserts pour le rail par manque d’investissements et par dogmatisme financier, sans parler du poids des lobbies routiers et de l’aviation. Il existe cependant des contre-exemples de ces tendances lourdes : les deux grades puissances en nombre d’habitants, la Chine et l’Inde, possèdent de magnifiques réseaux ferroviaires bien exploités, avec des entreprises d’état intégrées, où les trains de voyageurs comme de marchandises sont très nombreux, avec de plus de nouvelles lige en construction, et pas seulement pour la grande vitesse, mais aussi pour des besoins régionaux. L’immense réseau russe fonctionne aussi selon ces critères, et la taille immense de ces trois pays n’est en rien un obstacle à l‘utilisation massive du rail par les habitants.
Deux pays capitalistes à taille réduite mais à forte densité de population ont fait le choix de conserver leur réseau ferroviaire en le modernisant jusqu’à en faire un modèle de technologie et d’efficacité, ce sont la Suisse et le Japon. Tous deux offrent une qualité de service exceptionnelle, avec pour le premier la juxtaposition d’un réseau nationalisé (CFF) et de nombreuses compagnies locales privées (mais en fait aux mains des cantons, donc de l’espace public), et pour le Japon une privatisation complète, mais avec une forte notion de service public au vu de la très forte densité de la population et de la géographie tourmentée.
Dans une deuxième partie nous examinerons la situation en France et nous formulerons nos propositions pour un renouveau du rail massacré depuis 40 ans par nos gouvernements successifs à la solde des routiers.
Pour prolonger la réflexion voici en pj un tract fédéral sur la politique des transports de marchandises.
Et puis un article très instructif de la philosophe Barbara Stiegler :
https://france3-regions.francetvinfo.fr/nouvelle-aquitaine/gironde/bordeaux/barbara-stiegler-crise-sanitaire-actuelle-est-pur-produit-du-neoliberalisme-1818004.html

Une vidéo dans laquelle une infirmière crie sa détresse :
https://www.facebook.com/1498839145/posts/10222298275914649/?sfnsn=scwspwa&extid=Y5lC13yhSfHI7HNv&d=w&vh=i
Et enfin un dernier témoignage récent sur les écœurantes méthodes policières : https://twitter.com/T_Bouhafs/status/1254443289484374016?ref_src=twsrc%5Etfw%7Ctwcamp%5Etweetembed%7Ctwterm%5E1254451640645619715&ref_url=https%3A%2F%2Fwww.francebleu.fr%2Finfos%2Ffaits-divers-justice%2Fseine-saint-denis-l-igpn-saisie-apres-la-diffusion-de-propos-racistes-lors-d-une-interpellation-1587931537
A bientôt pour d’autres réflexions. N’hésitez pas à faire partager les vôtres sur notre boîte mail. Bon courage à toutes et tous et surtout prenez soin de vous et de vos proches. En ces temps difficiles, le mot Solidarité prend toute sa valeur !
Le Bureau de la Liaison Nationale des Retraité-e-s SUD-Rail.

Laisser un commentaire