Confinement et Solidarité N°22

Samedi 2 mai 2020, quarante-huitième jour de confinement.
Bonjour à toutes et tous nos retraités !
DE LA CONSTANCE DES COULEURS…
Alors que jour après jour nous nous rapprochons tout doucement de la date fatidique du 11 mai, partagés entre espoir et appréhension bien légitime, les jours se suivent et se ressemblent. Il y a une douce constance dans le rythme indolent des journées, bercés que nous sommes par la douce mélopée des oiseaux qui ne connaissent pas le Covid. Mais une autre constance ronronne également à nos oreilles, c’est celle des bévues et boulettes de notre cher gouvernement.
Après la saga des masques, sur laquelle il est inutile de revenir, même si le feuilleton n’en n’est sûrement pas à son épisode final, voici la nouvelle carte de France, coloriée, barbouillée plutôt, par nos coloristes qui n’ont pas la patte d’un Monet ou d’un Turner, mais qui ont immédiatement enrichi leur palette. Après nous avoir annoncé une carte des départements bi-chrome en rouge et vert, voici que s‘ajoute déjà, comme un vulgaire feu tricolore, l’orange dont la seule fonction est de signifier que ce n’est ni rouge, ni vert. Avertissement ! diraient les cheminots, parlant du jaune du block automatique lumineux, qui lui, a une fonction bien précise. Par contre, ici, pas de notion bien déterminée de cette nouvelle couleur, qui, de toute manière, est amenée à mûrir (ou à verdir) au gré du doigt mouillé dont nos technocrates ont érigé la méthode empirique en dogme.
Souhaitons que nos grands fonctionnaires inspirés ne soient pas daltoniens dans le choix des couleurs, ce qui rendrait, au choix, nos édiles départementaux rouges de colère ou verts de honte. J’en jaunis à l’idée, ajouterait un rockeur célèbre. On peut cependant douter de l’acuité visuelle de nos génies des carpettes quant au chromatisme. Ils n’auraient sûrement pas été bons aux tests de sécurité à la SNCF, puisque déjà, 24 heures seulement après la première édition de cette carte à colorier, 3 départements indûment badigeonnés de carmin (Lot, Cher et Haute-Corse) se sont vus, suite à la réaction courroucée des élus, passer à voie libre. C’est une nouvelle sorte de « green-washing » à laquelle on aurait tort de donner trop d’importance. En effet, au regard des critères flous d’attribution des couleurs, de la situation fluctuante des données, de la versatilité de nos têtes pensantes, rien ne signifie grand-chose et tout peut encore changer d’ici la date-butoir du 11 mai, à moins que d’ici là d’autres couleurs fassent leur apparition sur le nuancier de ces peintres du dimanche. De toute manière, des goûts et des couleurs…
Une autre constante de notre beau pays, c’est celle que la Vème République apporte dans la répression policière, au nom d’un état d’urgence permanent consubstantiel à notre cinquième République. Comme nous le rappelle le journaliste Johann Chapoutot dans « Libé », la constitution de 1958, taillée pour les habits d’un général 2 étoiles, en plein état d’urgence lié à la guerre d’Algérie, donnait au Président un pouvoir exorbitant qu’aucune autre démocratie occidentale n’aurait osé instaurer, réduisant le parlement à un rôle croupion, la police d’Etat ayant déjà tout pouvoir pour surveiller et punir. Rappelez-vous les haut faits d’armes de Ministres de l’Intérieur taillés pour ce rôle répressif, tels Marcellin, Pasqua ou maintenant le guignol de Forcalquier. La France est un pays de flics, chantait Renaud. Après les lois d’urgence initiées au nom de la lutte anti-terroriste, et qui font depuis partie de l’arsenal répressif du droit commun, voici que le providentiel état d’urgence sanitaire offre l’occasion (et surtout l’immunité) à nos rois de la matraque et du gaz lacrymo, quand ce n’est pas de la gâchette, d’assouvir leurs pulsions sadiques sur l’échine des Français. Les flics verbalisent à cœur-joie, font du chiffre à outrance, et les amendes pour non-respect du confinement ou défaut d’attestation pleuvent comme jamais. Rassurez-vous, après le 11 mai, les as du chiffre d’affaire auront bien d’autres prétextes pour continuer leurs exactions. N’oublions pas que pour se déplacer à plus de 100 Km il faudra toujours un Ausweiss, pour prendre un train de grande ligne aussi, et les gardiens de ces lignes de démarcation d’un nouveau style auront l’occasion d’exercer tous leurs talents, faisant dire aux vraies démocraties effarées qu’en France, les rapports entre les citoyens et leur police n’ont jamais été aussi dégradés. Mais puisqu’on vous dit que c’est pour notre bien…
Enfin, dernier exemple de constance de notre Etat-Major pour aujourd’hui, celle de l’ambivalence de l’Empereur et de ses sbires, avec la dichotomie de ses déclarations totalement opposées à ses actes. Le spécialiste du « en même temps », du « ni droite ni gauche » a encore frappé fort à l’occasion du 1er mai. Ne craignant pour une fois, pour cause d’un confinement décidément bien opportun, la colère de la rue (ce n’est que partie remise), il a avec son aplomb et son cynisme habituels rendu un vibrant hommage aux travailleurs et louangé les symboles vertueux du 1er mai. Bien entendu, pas un mot pour concrétiser ses belles et creuses paroles, comme aurait été par exemple l’annonce de la création de postes dans le secteur hospitalier, l’augmentation des salaires, l’abandon des réformes controversées…Non, Monsieur Macron, le 1er mai n’est pas une cérémonie pétainiste à la gloire du travail, mais la fête des travailleurs en lutte pour leurs droits, et leurs cris de révolte contre votre politique inique ne sont pas des « chamailleries » !
On reste estomaqué devant un tel culot de la part de celui qui, un an auparavant jour pour jour avait envoyé les CRS charger avec une violence sidérante les paisibles manifestants de cette journée symbolique, née rappelons-le dans le sang de la répression des luttes syndicales. Encore un peu, il aurait l’outrecuidance de passer pour un gauchiste de la vingt-cinquième heure, retranché dans son palais, engoncé dans ses certitudes et sa vision d’un monde qui est en train de lui échapper. Ces propos sont une véritable provocation gratuite qui ne devra pas rester sans réponse, et, une fois passée la crise sanitaire, nous lui montrerons de quel bois nous nous chauffons. La carte de France sera alors rouge écarlate !
Ci-joint le communiqué de Solidaires du 1er mai.
Les actualités cinématographiques de ce soir sont consacréesPourquoi le gouvernement s’attaque-t-il au droit de grève

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