Déconfinement et Solidarité N°2

Samedi 16 mai 2020, sixième jour de déconfinement….
Bonjour à toutes et tous nos retraités !

ENCORE DES CAFOUILLAGES ET DE PLUS EN PLUS DE CRAPULERIES
Lorsqu’on regarde un journal télévisé, ou qu’on écoute la radio, on est souvent pris entre deux réactions contradictoires : celle de s’indigner, de hurler de colère, et celle, moins stressante, de se rouler par terre d’hilarité tant nos politiques, les grands groupes industriels, (leurs maîtres) ou les journalistes suffisants (leurs laquais) nous font nous tordre de rire, tant le cafouillage général de la crise sanitaire donne lieu à, suivant votre humeur, une franche rigolade ou des ricanements sarcastiques.
Car les cafouillages continuent. Ordres, contre-ordres, désordres, la litanie des mesures de ceux qui gouvernent à vue continue. Dernier rectificatif, celui édité par le Conseil Constitutionnel concernant la limitation à 10 personnes dans les lieux privés, qui est retoquée. Pourquoi, comment, nul ne le sait vraiment. Il faut dire que pour trouver des habitations où l’on puisse se réunir à plus de 10 en respectant les gestes-barrière et autres mesures de distanciation, il faut au moins posséder une grande villa, voire un manoir. C’est dire la conception de la vie ancrée dans l’esprit de ces nantis grassement payés par le contribuable pour veiller entre sieste et apéro à la conformité constitutionnelle des ordonnances.
De même le cafouillage, qui vire à la passe d’armes, entre le Ministre de la Santé et la Maire de Paris sur la réouverture des plages et le refus de celle des parcs et jardins, prêterait à sourire, si la santé physique et mentale de milliers de citoyens n’était affectée par des mesures contradictoires où la logique a eu mal parfois à faire sens. Certes, il est plus facile de permettre aux promeneurs de s’ébattre sur des grandes plages bretonnes ou normandes (mais attention : pas pour bronzer ou pique-niquer) que de laisser les citadins s’agglutiner dans des espaces verts mesurés. Pourtant il y aurait des solutions pour limiter les entrées ou surveiller les comportements par exemple, mais évidemment cela induit la présence de personnel (gardiens, employés municipaux, voire forces de police) qui ne sont pas inextensibles, surtout quand le gouvernement a méthodiquement sabré dans les effectifs. Quoi qu’il en soit, il faudra vite trouver des solutions si on veut éviter que, les beaux jours et la chaleur venant, les Parisiens et autre citadins craquent, au risque de comportements dangereux dans les lieux restés ouverts, comme on a pu le voir le long des canaux par exemple. Une chose est sûre, le gouvernement reste plus motivé pour s’affranchir, ou du moins assouplir, les règles sanitaires lorsqu’il s’agit de prendre les transports en commun afin d’aller engraisser les patrons, que pour laisser une certaine souplesse afin que les gens respirent. D’autant que certains édiles, aidés par des polices municipales zélées, n’hésitent pas à en rajouter dans l’interprétation des textes pour interdire selon leurs lubies les plaisirs anodins de la vie, profitant du flou national pour assouvir leurs abus de pouvoir.
En ce qui concerne les mesures de priorité aux travailleurs dans les transports de la vie quotidienne aux heures de pointe, autre cafouillage, autre flou toujours pas résolu. Les heures de pointe édictées (6h30-9h30 et 16h19h) s’appliquent-elles aussi les samedis, dimanches et jours fériés, au risque de priver les Franciliens de moments de détente chez les amis ou en forêt ? Cette question pertinente n’a à l’heure où nous écrivons toujours pas reçu de réponse claire, signe de l’amateurisme et du manque de rigueur des pouvoirs publics.
Plus inquiétant, le cafouillage semble régner au sein des « experts » du corps médical, des épidémiologistes et autres virologues, chacun y allant de sa petite musique, au risque de dérouter le citoyen lambda et le faire douter, voire paniquer. Certes, ce virus d’un genre nouveau reste difficile à appréhender, et ses réactions sont pour le moins protéiformes et surprenantes, mais de grâce, arrêtez de colporter des scénarios de l’extrême, allant du plus rassurant au plus mortifère, dont personne n’est au fond sûr de la probabilité, à moins d’user de la bonne vieille boule de cristal. Entre ceux qui affirment que le virus va rapidement mourir de sa belle mort (et comme on souhaite qu’ils aient raison !), ceux qui pensent qu’il y aura des périodes de flux et de reflux, et ceux qui prédisent une apocalypse avec une deuxième vague pire que celle d’Hiroshige, on ne s’y retrouve plus. Sans compter l’OMS, qui, après avoir dans un premier temps minimisé l’ampleur de la pandémie, la déclare aujourd’hui endémique, pitié ! Le jour où les uns et les autres parleront de ce dont ils sont sûrs et qu’ils connaissent bien, il faudra prévoir des bandes musicales sur les ondes pour meubler les vides !
Mais surtout il faut une bonne dose de stoïcisme pour écouter les informations sans tomber d’apoplexie quand on entend les coups bas et autres crapuleries dont certains profiteurs de la crise se prévalent de plus en plus. En voici un petit florilège (liste non exhaustive):
-des logiciels-espions sont en cours d’élaboration pour surveiller les examens à distance pour les étudiants. Ces logiciels détectent la présence de personnes dans une pièce, et tout autre bruit qui prouveraient que le candidat se fait souffler les réponses. Hallucinant ! Et n’oublions pas que nos dirigeants phosphorent toujours sur l’application Stop-Covid, qui, outre son côté intrusif et délateur, reste aujourd‘hui illégal et liberticide, sans compter son coût exorbitant. La sécurité sanitaire ne doit pas passer avant les libertés fondamentales !
-Le problème du plastique, qui devait trouver un embryon de solution en 2021, avec la fin programmée des usages uniques, est remis en avant par la prolifération des gants, masques, gels, blouses, plexiglas de protection, conditionnements alimentaires, couverts jetables induits par la pandémie. C’est l’occasion rêvée pour les lobbies concernés d’avancer leurs pions et de demander un moratoire sur les mesures environnementales.
-Les grandes banques françaises profitent de l’attention focalisée sur la pandémie pour investir discrètement sur les exploitations pétrolières et les gaz de schiste. Le fric avant tout, jusqu’au bout !
-le laboratoire français SANOFI annonce qu’en cas de découverte d’un vaccin contre la Covid-19 les Etats-Unis seraient servis en premier, car ce sont eux qui ont craché au bassinet pour les recherches. Le PDG a dû rétropédaler devant le tollé justifié suite à cette déclaration honteuse, alors que Sanofi n’hésite pas à encaisser des crédits d’impôt faramineux en France au nom des aides à la recherche. Dans le même temps les hôpitaux américains licencient parce que suite à la pandémie ils ne procèdent plus à des opérations juteuses. Les hôpitaux privés, les laboratoires pharmaceutiques sont des charognards qui s’enrichissent sur le dos des malades et de la détresse humaine.
-La distanciation physique ne concernera pas les avions, qui ne pourraient plus faire de gros bénéfices tout en cassant le prix des billets avec du dumping social si l’on appliquait la mesure du siège vide sur deux, ce que l’on exige par contre de la SNCF sans lui apporter les aides financières auxquelles l’aérien a droit. La haine anti-ferroviaire et anti-cheminots est bien ancrée dans le psychisme ultra-libéral de ce gouvernement.
-Notre bon Empereur saura récompenser dignement les glorieux serviteurs de la santé publique en leur consacrant le 14 juillet et leur attribuant collectivement la Légion d’Honneur. Ca ne mange pas de pain, contrairement à l’augmentation des salaires, la réouverture de lits, ou l’arrêt des restructurations
-Quant aux salariés en général, ils ont bien compris que ce seront les sacrifiés de la crise : augmentation prévue du temps de travail, pertes de salaires, et maintenant, la proposition de l’infâme Pénicaud de transférer des congés vers les soignants ! On croit rêver! Ce seront aux travailleurs de s’entraider pendant que les nantis continueront leurs petites affaires sans rien débourser ! Et qu’on ne s’y méprenne pas, les retraités seront mis à contribution par la hausse des contributions, voire par des ponctions sur leur pension.
Mais ce n’est pas de charité dont les Français auront besoin, mais de justice sociale et d’une juste contribution de chacun à l’effort à la mesure de ses moyens, surtout de la part ces plus aisés qui profitent de tout, de la misère, de la précarité qu’ils ont organisées, et maintenant de la crise sanitaire, pour sabrer encore un peu plus les acquis sociaux et les revenus pour leur seul profit, en enrobant le tout au nom de la solidarité. Crapules, voleurs, profiteurs ! Nous ne vous laisserons pas faire !

En PJ deux articles de Médiapart : Le tsunami social qui vient. Travailler plus, ou le retour de la guerre sociale.
On arrête tout, on réfléchit : 57 minutes de bonheur… :
https://www.facebook.com/Pierre.Carles.Officiel/videos/674399406680909/

Le slam de Narcisse : https://youtu.be/DkbTJVSlwbo
Quelques sourires en pj.

A bientôt pour d’autres réflexions. N’hésitez pas à faire partager les vôtres sur notre boîte mail. Vous pouvez retrouver toutes nos informations sur le blog de la Liaison Nationale des Retraité-e-s : http://www.retraitesudrail.org/
Bon courage à toutes et tous et surtout prenez soin de vous et de vos proches. En ces temps difficiles, déconfinés… ou pas, le mot Solidarité prend toute sa valeur !
Le Bureau de la Liaison Nationale des Retraité-e-s SUD-Rail.

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«Travailler plus» ou le retour de la guerre sociale

12 mai 2020 Par Romaric Godin

À peine le confinement est-il levé, progressivement, que les élites économiques lancent déjà l’offensive contre les 35 heures, leur vieille obsession. Mais cette demande est moins fondée sur le plan économique que dans l’optique d’une attaque généralisée à venir contre le monde du travail.

Les 35 heures sont déjà dans le collimateur. Alors que le confinement est « progressivement levé », la cohorte d’instituts néolibéraux divers n’a pas tardé à lancer une vaste offensive contre la réduction du temps de travail. Après l’Institut Montaigne le jeudi 7 mai, c’est l’Ifrap, un des fers de lance du néolibéralisme en France, qui, ce week-end, a fait la même proposition : lever les 35 heures pour permettre la « reconstruction de l’économie ». Immédiatement, sur France Inter, le chef de file des députés Les Républicains (LR), Christian Jacob, y est allé de son couplet sur le « carcan des 35 heures ».

Les chaînes de télévision en continu et de nombreux autres médias ont rapidement emboîté le pas et n’ont cessé de poser cette fausse question : « Faut-il travailler plus pour sauver l’économie ? » Le ton avait été donné par le gouvernement lui-même, qui avait profité de l’état d’urgence sanitaire pour rallonger la durée maximale du temps de travail de 48 à 60 heures par semaine.

L’usine Flins de Renault. © Reuters

Comme d’habitude, cette offensive s’appuie sur une apparence de « bon sens » : pour que l’économie reparte, il faut produire plus, et pour produire plus, il faut travailler plus. Élémentaire. Et pourtant, tout dans ces propositions semble très largement à côté de la plaque.

Pour le saisir, il faut d’abord refaire le point sur la situation économique actuelle. Le confinement a empêché physiquement une grande partie de la consommation et de la production. L’État a assuré le maintien d’une large part des revenus perdus, mais l’hypothèse d’une reprise rapide n’est plus envisagée désormais, pour plusieurs raisons : la persistance de l’épidémie, qui contraint la consommation, les pertes de revenus induites par le chômage partiel et l’absence de chiffre d’affaires, l’incertitude radicale quant à l’avenir de cette épidémie et de l’emploi, qui paralyse les dépenses d’avenir.

L’impact en termes de PIB pour la France est encore largement incertain. Le gouvernement prévoit un recul de 8 % sur 2020, mais il y a fort à parier que le bilan sera encore plus négatif in fine.

Pour « relancer la machine » plus rapidement, nos instituts se concentrent classiquement sur l’offre productive. En permettant à chaque entreprise de faire travailler davantage – et gratuitement – les salariés, ils espèrent dynamiser la production à moindre coût et donc améliorer la rentabilité des entreprises, et partant leur capacité future à embaucher et à investir. Mais cette recette, qui ressort à chaque crise, ne prend guère en compte la situation réelle de l’économie française.

Certes, cette crise a la spécificité d’être une crise conjuguée de l’offre et de la demande. Mais la crise de l’offre n’est en aucun cas liée à une sous-capacité structurelle à produire, comme cela peut être le cas après une guerre où la structure productive a été dégradée et modifiée. Dans le cas actuel, la structure productive a été « congelée », il n’y a pas eu de destruction de capital physique, les usines, les bureaux et les magasins demeurent disponibles, et la production n’a été que modérément réorientée vers les besoins sanitaires. Cela signifie que lorsque la demande va repartir, l’offre pourra suivre.

Certes, il peut y avoir quelques retards, liés à la mise aux nouvelles normes des locaux ou à la perturbation des chaînes de valeur internationales, les États déconfinant à des rythmes différents. Mais on voit mal comment l’augmentation du temps de travail pourrait répondre à ces difficultés temporaires.

En réalité, le vrai défi du moment va plutôt être de retrouver un niveau de dépenses proche de l’avant-crise (lequel était déjà peu satisfaisant). En effet, les ménages vont devoir faire face au risque du chômage et encaisser les pertes de revenus du confinement. Ils vont devoir également prendre en compte le risque sanitaire et la menace d’un reconfinement. Dans ces conditions, l’heure ne saurait être à la consommation mais bien plutôt au maintien d’une certaine épargne de précaution. Dès lors, l’offre risque moins d’être confrontée à une sous-capacité, qui supposerait effectivement de travailler davantage pour augmenter la production, qu’à une surcapacité face à une demande prudente.

Dans ce cas, alors, la levée des 35 heures peut être la pire idée qui soit. En effet, le risque principal portant sur l’emploi est bien que les entreprises ajustent leur offre sur ce niveau faible de dépenses et, partant, licencient massivement. Or, précisément, le rallongement du temps de travail facilitera encore ce mouvement. Il sera possible de réduire les emplois encore plus fortement en faisant porter une charge de travail supplémentaire à ceux qui restent. L’impact sur l’emploi de telles mesures serait dramatique et contribuerait à déprimer encore la demande, directement par l’augmentation du chômage et indirectement par la crainte de ce dernier.

Dans ce cas, l’augmentation du temps de travail ne contribuerait pas à augmenter la production, bien au contraire. Elle permettrait, dans le meilleur des cas, de maintenir la productivité des entreprises. Mais ce serait là un équilibre très précaire, car devant la dépression de la demande et la persistance du risque sanitaire, le risque d’un ajustement permanent vers le bas ne saurait être écarté. Le bénéfice dégagé par cette mesure pourrait donc être réduit. Et comme les perspectives de croissance sont faibles, il n’irait de toute façon pas dans l’investissement mais bien plutôt sur les marchés financiers ou dans les paradis fiscaux.

Pourquoi, d’ailleurs, faudrait-il investir alors qu’il sera facile de faire travailler davantage et gratuitement son personnel ? L’attractivité d’un investissement coûteux pour augmenter une productivité que l’on peut ajuster aussi aisément sera d’autant plus faible que l’on peut faire travailler ses salariés davantage à moindre coût. Dès lors, le déclenchement du cercle vertueux décrit par nos instituts et fondé sur le seul critère du coût du travail est pour le moins douteux. « Autoriser les employeurs à augmenter fortement les horaires de travail des salariés en poste causera une nouvelle vague de chômage et le seul rattrapage qui aura lieu sera celui des profits et des dividendes, mais uniquement sur un horizon court », résume Guy Démarest, économiste et auteur d’un ouvrage à paraître cette année, La Déflation compétitive (éditions Classiques Garnier) et qui a rédigé ici une analyse sur le sujet.

Une offensive généralisée à venir

À rebours de ces recettes, il semble même que la réduction du temps de travail soit le meilleur moyen de soutenir l’emploi dans l’après-confinement. Guy Démarest explique en effet que « ce n’est que lorsque la durée moyenne effectivement travaillée baisse plus vite que le volume de travail nécessaire à l’activité économique que l’emploi augmente ». Or, dans un contexte où la productivité et la croissance sont structurellement faibles, la création d’emplois ne peut se faire que par une baisse du temps de travail. « L’évolution ultérieure de l’emploi dépendra par conséquent de l’évolution de la durée moyenne travaillée et sans réduction significative, l’emploi croîtra trop lentement et le chômage demeurera élevé », poursuit Guy Démarest.

C’est bien cette donnée que nos instituts font mine d’ignorer en se cachant derrière la vieille doctrine de Jean-Baptiste Say selon laquelle « l’offre crée la demande » et en niant toute forme de ralentissement structurel du capitalisme. Ces vieilles recettes réchauffées sous couvert d’urgence ne sauraient freiner la poussée attendue du chômage. Mais elles trahissent une forme « d’effet d’aubaine » pour des élites économiques françaises qui, depuis le début du siècle, sont obsédées par cette question de la réduction du temps de travail et des 35 heures. Car cette loi de 1998 a été perçue comme une défaite par le camp néolibéral, qui n’a eu de cesse, depuis, de la rogner, de créer des exceptions et d’en réduire la portée. Non qu’elle ait marqué une victoire unilatérale des salariés, bien loin de là, mais elle représentait un compromis entre le capital et le travail qui était inacceptable pour les tenants de la compétitivité et de l’adaptation à la mondialisation.

La crise actuelle offre donc au capital une occasion d’en finir définitivement et de remporter une victoire éclatante sur le travail. De ce point de vue, une des propositions de l’Institut Montaigne est très éloquente : elle propose de rémunérer les heures supplémentaires travaillées sous forme non plus de salaire mais de participation aux bénéfices. Autrement dit, ce travail ne serait plus payé comme un moyen de production, mais uniquement en fonction de la rentabilité du capital. Ce serait une défaite pour le travail, dont la spécificité serait niée : il ne serait pas davantage qu’un apport équivalent à celui du capital. Cela ne signifie dès lors rien d’autre que la soumission complète du travail en tant que tel, puisqu’on voit mal des salariés devenus pareils à des actionnaires contester à ces derniers le partage de la valeur ajoutée.

Ces propositions apparaissent donc comme le symptôme de cette « Restauration du capital » à venir où, après avoir été maintenu sous respirateur artificiel par l’État pendant près de deux mois et demi, le capital va exiger une soumission complète du travail à ses intérêts au nom de « l’emploi ». Cette stratégie pourra prendre des aspects « progressistes », s’accompagnant de plans de relance keynésiens ou de « relocalisations » ponctuelles, comme la Restauration de 1815 avait donné des gages de sa « modernité » pour assurer sa politique réactionnaire. Au reste, le patronat européen réclame à grands cris des plans de relance ambitieux, comme le révèlent ce 12 mai Les Échos, mais ce soutien public à la demande s’accompagnera d’une stabilité de la fiscalité sur le capital et d’une soumission croissante du travail.

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Cette stratégie néokeynésienne est une variante connue du néolibéralisme. Elle s’appuie sur l’idée que l’État doit intervenir, en cas de choc exogène, pour rétablir la rentabilité du capital et la « normalité » du fonctionnement des marchés. Mais cette intervention a un double aspect. D’un côté, il s’agit de relever le niveau de la demande globale pour favoriser l’emploi des capacités de production, et, de l’autre, il faut favoriser les « réformes structurelles » pour améliorer l’allocation des capitaux et faciliter les « équilibres de marché ». Autrement dit, dans cette vision, relance budgétaire et soumission du travail vont de pair. Sans compter que cette relance finit toujours par être payée in fine par la population, puisque toute fiscalité du capital est nuisible.

Cette Restauration du capital devrait donc bien s’accompagner d’une réduction de la protection sociale et de la protection de l’emploi, au nom même des créations d’emplois. Le débat en son sein pourrait donc prendre un tour inquiétant, entre ceux qui souhaitent augmenter le temps de travail et ceux qui souhaitent le fractionner en favorisant la précarité et le temps partiel, sur le modèle allemand d’une réduction subie du travail, dirigée selon les intérêts du capital. Dans les deux cas, la situation des salariés ne pourrait cependant que se détériorer. Dans le premier cas, on l’a vu, par l’augmentation du chômage et, dans le second, par la détérioration des conditions de travail et de vie.

Il est même fort envisageable qu’une synthèse de ces deux visions finisse par s’imposer au nom de « l’emploi » : l’augmentation légale du temps de travail permettrait d’améliorer la rentabilité, tandis que la précarisation assurerait à la fois un taux de chômage faible en apparence et une baisse du coût du travail. Ceux qui se retrouveraient sur le bord de la route en raison de l’augmentation du temps de travail en seraient réduits à accepter des emplois précaires pour survivre, faisant baisser les exigences salariales durablement, ce qui est le seul salut du capital en période de stagnation séculaire.

Pour cela, il faudrait cependant une assurance-chômage plus stricte et moins généreuse, ce qui est à portée en France, où le gouvernement n’a que « suspendu » la réforme de l’assurance-chômage.

Tout prendrait alors sens : le capital, soutenu inconditionnellement par l’État, soumettrait entièrement le travail à sa propre logique. Le chantage à l’emploi et l’usage d’un « bon sens » de pacotille seraient les deux armes à la disposition de cette offensive dans l’opinion. Ces « propositions » sur les 35 heures annoncent donc une exacerbation de la guerre sociale, reprenant très clairement celle qui avait cours avant l’épidémie de coronavirus dans notre pays. Si le monde du travail n’est pas capable d’y répondre, il sera le grand perdant de la crise à venir.

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