Tunisie : le dictateur est tombé, mais la lutte continue

Communiqué de Solidaires

A la joie de voir le dictateur chassé, se mêle un sentiment de rage. Rage en pensant aux dizaines de morts qu’il a fallu pour en arriver là, aux dizaines de milliers de tunisiennes et de tunisiennes dont les vies ont été brisées, pendant ces 23 ans, par la prison et la torture.

Et tout cela pour permettre à la mafia au pouvoir de se remplir les poches sous l’oeil bienveillant des gouvernements français qui se sont succédés. Jusqu’au dernier jour ils ont soutenu ce régime à bout de  bras.  Le  gouvernement  Sarkozy  a  même  proposé  ses  services,  pour  mieux  aider  le  dictateur  à réprimer une population en lutte contre la tyrannie.

Une telle sollicitude n’est pas étonnante : une des fonctions de ce régime était de museler les luttes sociales afin de fournir une main d’oeuvre à bas prix aux investisseurs étrangers. Mais rien n’y a fait, c’est d’ailleurs la révolte ouvrière du bassin minier de la région de Gafsa qui a inauguré, en 2008, la vague  de  lutte  qui  a  fini  par  faire  tomber  le  régime.  Les  syndicalistes  de  l’UGTT  refusant  les compromissions, comme par exemple ceux de l’enseignement ou des postes et télécommunications, ont  joué  un  rôle  essentiel  dans  ces  mobilisations.  Leur  lutte  s’est  articulée  à  celle  de  multiples catégories sociales comme les avocat-e-s, les militant-e-s des droits de l’Homme, les féministes, les jeunes scolarisé-e-s ou chômeurs/ses, etc.

En Tunisie, la lutte continue contre les anciens de la mafia au pouvoir qui peuplent l’appareil d’État et continuent à détenir les fruits de leur pillage.

En France, la pression ne doit pas se relâcher pour que les avoirs des Ben Ali – Trabelsi soient saisis et restitués au peuple tunisien.

Cette  victoire  est  un  démenti  cinglant  infligé  à  tous  les  néo-libéraux  qui  présentaient  la  Tunisie comme un modèle de développement à suivre. C’est une gifle aux politiciens de tous bord qui ont cherché à justifier leur soutien à Ben Ali en agitant l’épouvantail islamiste : le dictateur et sa famille n’ont trouvé pour l’instant pour les accueillir que le régime fondamentaliste saoudien.

Ce qui se passe en Tunisie, ce qui se déroule aussi en Algérie, montrent que rien n’est inéluctable.
Face à la répression, au musèlement des mouvements sociaux, les révoltes populaires sont légitimes et le mouvement syndical se doit de les appuyer  dans le respect de l’autonomie de chacun de nos mouvements.

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