Confinement et Solidarité N°5

Samedi 28mars 2020, treizième jour de confinement.

Bonjour à toutes et tous nos retraités !

« Mal nommer les choses, c’est ajouter au malheur du monde » affirmait Albert Camus, dont il serait opportun actuellement de relire « la Peste ». C’est pourquoi il faut prendre des pincettes la formule de l’Empereur des Français quand il affirme que « dans la crise du coronavirus, nous sommes en guerre ».

Non, nous, citoyens ne sommes en guerre avec personne. Ce qui nous arrive n’est pas à proprement parler une guerre, mais une lutte sanitaire d’énorme ampleur, planétaire, avec en première ligne le corps médical, mais aussi tous ceux qui peuvent, à leur niveau de compétence, apporter une pierre à la digue prophylactique contre ce virus d’un genre nouveau.

Par contre, et pour rester dans l’image de cette métaphore militaire, pendant la « guerre » contre le coronavirus, la bataille contre les acquis sociaux continue, sournoise mais réelle. Le recours aux ordonnances peut sembler justifié vu la situation exceptionnelle, mais il faut dans ce cas des garde fous autant dans la durée que dans le contenu. Le risque est qu’une fois passée la durée initiale de 2 mois (mais prolongeable), les reculs sociaux inquiétants autorisés per ordonnances deviennent peu à peu la norme, comme pour les restrictions de liberté pour lutter contre le terrorisme ont été intégrées dans les lois ordinaires. Serait-ce pour faire passer en douce, hors contrôle du parlement et des corps constitués, des coups bas contre les travailleurs ? On a tout lieu de le craindre quand on voit que les premières meures édictées autorisent un allongement exorbitant de la durée hebdomadaire du travail, pouvant aller jusqu’à 60 heures, avec en plus l’imposition de congés ou de RTT. C’est un véritable non-sens que de demander aux salariés de se protéger, de rester au maximum confinés, tout en les exposant aux risques de contamination logiquement accrus avec une présence accentuée sur les lieux de travail, et en l’absence de mesures de protection efficaces, Y aurait-il anguille sous roche ? Vraisemblablement, le gouvernement et les puissances financières ont bien l’intention de se « payer sur la bête », autrement dit de faire repartir au plus vite la production à outrance en pressurant les travailleurs et en leur imposant des conditions dignes du XIXe siècle. A l’issue du confinement, nous ne laisserons pas ces irresponsables reprendre le dessus et nous exploiter encore plus qu’avant à coups de trique, au prétexte de remonter le pays (traduire : restaurer le libéralisme au seul profit d’une caste dirigeante). De même, nous, retraités, devront être extrêmement vigilants sur les attaques en règle qui pourraient vite survenir sur le montant de nos pensions, au prétexte d’éponger les déficits qui se seront évidemment creusés.

De même, la reprise devra être pour nous, cheminots actifs et retraités, l’occasion de nous opposer avec vigueur à la poursuite de la casse du système ferroviaire, service public au service du public, et rempart efficace en cas de crise contre le délitement des liens physiques et commerciaux. Actuellement, les cheminots au travail sont eux aussi exposés aux risques du coronavirus pour acheminer les personnels indispensables au fonctionnement minimal de notre pays, aux personnels soignants, ainsi qu’au transport primordial des marchandises essentielles. Le TGV médicalisé qui a circulé entre l’Alsace et l’ouest du pays est un bel exemple de l’utilité d’un réseau ferroviaire unifié et intégré en cas de catastrophe. La SNCF l’avait déjà démontré lors de la bataille du rail à la Libération, puis lors de l’énorme effort de la reconstruction.

C’est pourquoi il ne faut plus laisser ce bel outil déjà fortement saccagé aux mains des idéologues libéraux européens qui ne conçoivent son existence que comme source de concurrence et de profit, en éliminant systématiquement tout ce qui n’est pas rentable à leurs yeux égarés.
C’est pourquoi nous exigerons un moratoire sur la suppression des lignes secondaires, et des crédits pour la remise en état du réseau capillaire, avec, pourquoi pas, des réouvertures de lignes.
C’est pourquoi nous nous opposerons à la destruction de la SNCF, nous devrons exiger l’abrogation des lois européennes instaurant au travers des divers paquets ferroviaires la privatisation de tous les services tant voyageurs comme marchandises, et nous exigerons le retour à une SNCF unifiée en lieu et place des cinq sociétés anonymes.
C’est aussi pourquoi, au nom d’une bonne gestion des finances publiques au service de l’intérêt général nous exigerons l’arrêt de tous les grands projets inutiles, tel le Lyon-Turin, dont la poursuite serait un vrai scandale politique et économique vu la situation de la France et de l’Italie qui sortiront meurtries et affaiblies de la crise sanitaire.

Et bien sûr nous resterons extrêmement vigilants sur l’abandon de la réforme des retraites. Qu’elle soit définitivement une victime du coronavirus dont on aura leu de se réjouir !

Finissons sur une note musicale : https://youtu.be/Q2uKS8RNtfY

A bientôt pour d’autres réflexions. N’hésitez-pas à faire partager les vôtres sur notre boite mail et surtout, bon courage à tous et surtout prenez soin de vous et de vos proches. En ces temps difficiles le mot Solidarité prend toute sa valeur !

Liaison Nationale des Retraité-e-s SUD-Rail

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